Le génie de l’ingénieure-ingénieuse

Le génie de l’ingénieure-ingénieuse

« Ingénieure » est la forme féminine la plus communément admise. Elle nous vient tout droit du Québec qui a adopté le suffixe -E pour marquer le féminin dès les années 1970. Sauf que cette terminaison ne s’entend pas. Si l’on souhaite visibiliser les femmes à l’oral, mieux vaut privilégier un féminin sonore qu’un féminin muet. Pourquoi pas ingénieure-ingénieuse ?

Comment nommer une femme qui occupe un emploi en ingénierie ? Et quel mot neutre employer pour sortir du binarisme de la langue ?

ingénieur, ingénieuse, ingéniaire

À uniQ en son genre nous avons donc décidé de mettre le terme « ingénieuse » en avant. Tout d’abord car il vient du latin « ingenium » (comme « ingénieur »), qui peut désigner le savoir-faire, l’habileté, le génie. C’est une caractéristique que l’on retrouve tant dans la définition « ingénieux/ingénieuse » que dans celle « ingénieur/ingénieuse ». Jusqu’ici c’est un terme qui reste rare pour désigner une femme dans l’ingénierie, même s’il existe des occurrences. Rappelons-nous que le français connaît de nombreux mots polysémiques : le mot “patron” désigne aussi bien un homme qui dirige une entreprise, qu’un modèle de couture. Voire un saint catholique supposé protéger un groupe de personnes. De quoi nous décider à prendre l’habitude d’utiliser « ingénieuse » autant pour nommer une femme créative et intelligente qu’une autre qui travaille dans l’ingénierie !

Le métier d’ingénieure-ingénieuse, ingéniaire s’accorde surtout au masculin

Les métiers de l’ingénierie recouvrent de vastes secteurs. L’ingénierie d’affaire, aéronautique, informatique, technico-commerciale…  Peu importe le domaine, une personne ingénieure-ingénieuse est chargée de créer, concevoir, réaliser, mettre en œuvre et contrôler des produits, systèmes ou services dans une organisation.

Ce sont des métiers de cadres extrêmement valorisés dans notre société. Métiers qui sont la plupart du temps accessibles après un passage dans une école spécialisée qui délivre le titre « d’ingénieur diplômé ». Peu importe la voie d’accès, le taux de chômage est bas, les salaires sont confortables. Un certain prestige est lié à ce statut, valorisé par les qualités considérées comme masculines que sont l’expertise, le leadership, la polyvalence, la rigueur, l’innovation, le management.

Si les femmes sont encore peu nombreuses à avoir un poste d’ingénieure-ingénieuse, elles ont toujours fait partie de ces personnes qui innovent et créent, que ce soit seules ou en groupe. Elles avaient donc les compétences sans le titre associé qui allait avec. Dans notre formation au langage ouvert, nous évoquons l’exemple d’Ada Lovelace en informatique. C’est une pionnière dans la programmation informatique et son œuvre s’apparente de fait, à un travail d’ingénieure-ingénieuse.

Être ingénieure-ingénieuse, ingéniaire une histoire d’hommes

Historiquement les métiers de l’ingénierie sont davantage occupés par des hommes : en France, à ce jour encore, seuls 20% sont occupés par des femmes. La formation en ingénierie a d’ailleurs longtemps exclu les femmes de ses rangs.

Les premières écoles « d’ingénieurs » au 18e siècle ont une vocation militaire et sont destinées aux hommes. Il faut attendre les années 1920 pour qu’apparaisse de la mixité dans les nouvelles écoles, voire la création de l’Ecole Polytechnique féminine en 1925. Ces femmes bénéficient notamment de l’ouverture du baccalauréat aux étudiantes, mais surtout d’un contexte favorable au sortir de la Première guerre mondiale. Alors que le besoin de personnel technique qualifié se fait sentir, les hommes sont moins nombreux. Accepter et former une femme pour qu’elle devienne ingénieure-ingénieuse pallie le manque. Mais les ingénieuses restent des exceptions, comme aujourd’hui.

Depuis de nombreuses années les écoles et entreprises veulent diversifier les profils des métiers de l’ingénierie, notamment en augmentant la part des femmes dans ce domaine. En effet, être ingénieure-ingénieuse reste peu commun de nos jours. Si de nombreuses actions sont à entreprendre sur le long terme pour atteindre cet objectif, il en est une facile et rapide à adopter : utiliser le langage pour visibiliser les femmes et les personnes non-binaires de l’ingénierie.

Quel mot adopter : ingénieur, ingénieure-ingénieuse, ingéniaire ?

Il est habituel de voir le terme « ingénieur » pour parler d’une femme, voire l’expression « femme ingénieur ». Contrairement à ce que l’on peut croire, « ingénieur » ne fait pas partie des mots épicènes. L’utiliser c’est bien employer un terme masculin. Ce qui est compréhensible puisqu’aucune femme n’avait le statut d’ingénieure-ingénieuse avant le 20e siècle (du moins en France). Une alternative féminine n’était donc pas nécessaire, mais aujourd’hui c’est le cas.

Nous avons donc deux possibilités pour se faire: utiliser le mot ingénieure ou le mot ingénieuse. Dans un cas comme dans l’autre, employer un féminin aura toujours l’avantage de visibiliser ces femmes qui ont fait et font encore beaucoup pour l’ingénierie et par extension, pour la société dans son ensemble. 

Enfin, si l’on veut des alternatives pour dégenrer le langage, adoptons le terme « ingéniaire » ! Le suffixe -AIRE étant connu et déjà employé pour des mots épicènes comme « antiquaire ». Ceci peut être utile pour désigner une personne non-binaire, mais également pour évoquer une personne dont on ne connaît pas le genre. De plus, utiliser ce mot au pluriel a de l’intérêt en tant que mot englobant, pour désigner un groupe de personnes de genres différents ou inconnus. 

Que l’on soit ingénieur, ingénieure-ingénieuse ou ingéniaire, on fait preuve de savoir-faire. Prenons conscience que le savoir-dire est tout aussi important et innovons dans notre langage pour plus d’égalité ! 

 

Alors, quelle(s) nouvelle(s) forme(s) allez-vous adopter à partir de maintenant ?

Morgane LE COQ

Langage ouvert et transidentités : zones d’ombres de l’égalité en entreprise

Langage ouvert et transidentités : zones d’ombres de l’égalité en entreprise

Chez uniQ en son genre, on aime éclaircir les zones d’ombres (vous vous en doutez si vous suivez nos #foiresauxarguments).
Concernant l’égalité professionnelle, il y a (au moins) deux sujets essentiels qui reçoivent trop peu d’attention selon nous : le langage ouvert et les transidentités en entreprise. Si l’expression d’égalité “femmes-hommes” a gagné en notoriété, l’idée plus globale d’égalité “des genres” reste peu abordée en France. La problématique du langage quant à elle est absente dans la majorité des plans d’actions pour l’égalité. Alors parlons-en !

langage ouvert et transiddentités, des zones d'ombres de l'égalité en entreprise

Supprimer la transphobie : un enjeu majeur de l’égalité 👀

La transphobie est prégnante dans le monde professionnel. Pourtant les entreprises restent silencieuses sur la situation des personnes transgenres. Il est de fait urgent de la combattre, comme tout type de violence et de discrimination.

Au travail, parmis 770 personnes lesbiennes, gaies, bi et/ou trans interrogées :

  • 19% ont déjà subi des moqueries
  • 14% des insultes ou injures à caractères diffamatoires
  • 13% une mise à l’écart des autres salarié·es
  • 11% des menaces de révéler leur orientation sexuelle / identité de genre
  • 10% des menaces d’agression
  • 10% des actes de violences physiques ou sexuelles
  • 15% des inégalités dans le déroulement de leur carrière
  • 14% des inégalités dans les missions confiées
  • 14% des inégalités de traitement dans le recrutement
  • 12% des inégalités dans la rémunération

Sans parler des obstacles pour accéder à l’emploi ou des pressions à le quitter, en raison de l’environnement hostile qu’il peut constituer (17,5% des personnes trans seraient au chômage). C’est ce que met en lumière le baromètre LGBT+ de l’association Autre Cercle et de l’IFOP, réalisé en 2019.

Agir en faveur des personnes transgenres dans votre entreprise, c’est leur ôtez une énorme épine du pied ; c’est participer au bien-être général de l’organisation, qui est essentiel pour une ambiance de travail positive (voire productive) ;  c’est ainsi développer l’attractivité de l’organisation. Fondamentalement, accepter les personnes telles qu’elles sont, c’est augmenter la diversité des êtres humains dans votre organisation et renforcer ses actions en faveur de l’égalité.

Créer une culture de l’égalité en entreprise avec le langage ouvert ⚖️

Quel rapport avec la communication me direz-vous ? Il est difficile d’être ouvertement trans dans notre société actuelle. Près de la moitié (49%) des LGBT+ interrogé·es ne visibilisent pas leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre au travail, ce qui impacte négativement leur sentiment d’appartenir à l’organisation et de s’y sentir bien (on fait toujours référence au baromètre).

Le manque de représentation publique des personnes transgenres participe aux violences qu’elles subissent en entreprise et au-delà. Il contribue à placer leurs identités du côté de “l’anormal”. Pourtant, les personnes trans contribuent activement à la société, il est donc normal de les mettre en avant au même titre que les autres.

Pour éviter le risque de discrimination qui va avec le fait d’assumer son identité de genre, nous vous proposons trois pistes d’actions de langage ouvert à mettre en place pour accompagner vos collègues trans (avec leur consentement préalable, évidemment) :

  • genrez correctement les personnes : assurez-vous que l’identité de genre vécue et celle assignée correspondent dans votre langage, que ce soit dans les documents officiels, vos échanges quotidiens ou dans votre logistique globale ;
  • visibilisez les personnes trans : veillez à la représentativité dans vos communications externe, interne et informelle, aussi bien à l’oral, à écrit et dans les images ;
  • dégenrez votre langage :  le langage ouvert questionne le fait de systématiquement mettre les individus dans des cases en fonction du sexe ; demandez-vous s’il est toujours pertinent de préciser le genre des individus.

“Comment visibiliser les transidentités ? » 🤔

Ces quelques pistes générales éveillent votre curiosité ?
Vous souhaitez aller plus loin, passer à l’action ?
Vous avez besoin d’aide pour créer des ponts entre votre service communication et votre pôle égalité/diversité ?
On peut vous accompagner dans votre démarche vers plus d’égalité.

Clémentine OTTO-BRUC

Réalisatrice est un métier

Réalisatrice est un métier

Encore une année de passée pour le cinéma français qui s’est réuni à l’occasion de la 46e cérémonie des César. Les cérémonies et les années passent pour le monde du septième art, mais au moins une chose reste : aucune réalisatrice à l’horizon des palmarès. Mais où sont les réalisatrices ? Et les réalisataires ?

réalisatrice réalisataire

Les femmes et le cinéma : une longue histoire

On attribue généralement l’invention du cinéma aux frères LUMIERE en 1895. Bien sûr ils se sont appuyés sur le travail de plusieurs hommes avant eux pour créer les technologies qui ont permis l’existence même du cinéma. Mais sans les femmes, le cinéma que l’on connaît aujourd’hui n’aurait pas pu exister non plus. Et c’est comme ça que de nombreux pionniers du cinéma sont en réalité de nombreuses pionnières.

Citons Alice GUY, première réalisatrice de films au monde ! Car si les hommes qui l’ont précédée filmaient la vie quotidienne, Alice Guy est la première personne à avoir l’idée d’écrire des scénarios pour ses films et de les faire jouer par des comédiennes et comédiens. Cette réalisatrice française engagée (je vous recommande vivement son film Les résultats du féminisme de  1906) a également créé la plus grande société de production américaine des années 1910, la Solax.

Réalisatrice et pionnière du cinéma

Alice GUY est loin d’être une exception dans l’histoire du cinéma. Lois Weber est une autre scénariste et réalisatrice réputée. Son œuvre souligne son engagement militant, avec des films sur l’équité salariale, les vies de femmes, la peine de mort. Mabel NORMAND est à la fois actrice et réalisatrice et a notamment codirigé des films auprès de Charlie Chaplin. Sans oublier Cleo MADISON, Dorothy ARZNER, Mary Ellen BUTE…La France connaît aussi ses pionnières comme Germaine DULAC ou Marie-Louise IRIBE. Jusque dans les années 1930 le cinéma est un secteur sous-côté. Si le public appréciait les projections, peu de monde s’y intéressait vraiment.

Le changement aux Etats-Unis commence avec le krach boursier de 1929. De nombreux hommes de la finance perdent leurs emplois, décident d’investir la côte ouest où l’industrie du cinéma s’annonce florissante. Petit à petit les femmes, réalisatrices, scénaristes, productrices, monteuses, sont « remerciées » après avoir formé leurs successeurs. L’histoire étant « écrite par les vainqueurs », celle du cinéma a perdu les noms de ces femmes qui sont d’illustres inconnues pour la plupart des gens.

Etre réalisatrice dans l’industrie du cinéma

Aujourd’hui les choses ont évolué et les femmes peuvent tout faire, notamment des films… On les retrouve dans les écoles de cinéma où les effectifs deviennent paritaires. Mais les changements peuvent être longs, très longs, malgré cette donnée encourageante. 

Les femmes représentent en France un peu moins de 25% des personnes réalisant des longs métrages. Ce qui est pas mal, sachant que la moyenne européenne tourne autour de 20% et qu’aux Etats-Unis ce chiffre tombe à moins de 10%.

Pourtant avoir le statut de réalisatrice ne fait pas tout. Dans quelles conditions ces femmes travaillent-elles ? Quels types de films sont réalisés par des femmes ? Combien de films une réalisatrice peut-elle tourner ? Pour quel budget ? Comment sont-ils financés ? Pour quelle audience ?

Les femmes sont mieux représentées dans le genre documentaire où elles réalisent ¼ des films, mais sont seulement présentes à hauteur de 15% dans la fiction, 11% dans l’animation. Elles ont la possibilité de réaliser moins de films que leurs homologues masculins. Les budgets de leurs films sont en moyenne de 3,47 millions d’euros contre 5,51 millions d’euros pour les réalisateurs (en 2017 d’après le CNC). Et elles ne sont plus que 3% à réaliser des films à gros budgets (plus de 15 millions d’euros).

Réalisatrice en vue et à voir

Évidemment tous ces éléments combinés les uns aux autres, se nourrissent des stéréotypes de genre et les renforcent. Si l’on compte peu de réalisatrices, l’absence de chiffre concernant les réalisataires non-binaires révèle un angle encore plus mort du secteur du cinéma.

Les chiffres parlent. En 2021, seules trois récompenses ont été attribuées à une femme :

  • Tonie Marshall a été récompensée d’un César de la meilleure réalisation en 2000 (appelé « César du meilleur réalisateur » jusqu’en 2016) ;
  • Jane Campion a reçu la palme d’or à Canne en 1993 (ex-aequo avec un homme) ;
  • Kathryn Bigelow a été nommée « Best director » pour les Oscars en 2010.

Les chiffres révélant la place des personnes non blanches sont encore plus consternants. Alors célébrer la diversité dans le cinéma semble un peu incongru…

Visibiliser les réalisatrices et réalisataires dans le cinéma, regarder leurs films, en parler, les partager, les faire connaître : c’est augmenter la place des femmes et des personnes non-binaires dans la bibliothèque mentale du grand public. Dans notre matrimoine.

Selon vous, d’après votre bibliothèque personnelle, quelles réalisatrices ou réalisataires mériteraient plus de reconnaissance du public et des pairs ?

Morgane LE COQ

Langage ouvert : quels apports depuis l’écriture inclusive ?

Langage ouvert : quels apports depuis l’écriture inclusive ?

Langage ouvert : quels apports depuis l’écriture inclusive ?

Vous le savez sûrement, notre activité consiste à promouvoir un langage ouvert. On nous interpelle souvent à propos de cette expression. Qu’est-ce qu’elle veut dire ? D’où elle vient ? Pourquoi nous la préférons à celle d’écriture inclusive ?

La réponse à toutes ces questions dans cet article.

Clic sur langage ouvert

Pour comprendre les différences entre écriture inclusive et langage ouvert, faisons d’abord un léger détour par l’histoire de l’écriture inclusive.

Les bases de l’écriture inclusive

Depuis quelques années, l’expression d’écriture inclusive s’est imposée dans le débat public. Elle désigne un ensemble de techniques pour rendre les femmes aussi visibles que les hommes dans la langue (écrite, comme son nom l’indique). On en précise les contours dans notre article sur le point médian

Une expression a priori nouvelle, pour une réalité ancienne

On peut avoir l’impression que l’écriture inclusive est un phénomène nouveau. C’est certainement dû aux événements de 2017. On se souvient encore des violentes polémiques qui ont suivi la publication du premier manuel scolaire en écriture inclusive à l’époque. Le traitement médiatique de la question a notamment contribué à cristalliser les réticences sur la question du point médian.   

Pourtant, l’écriture inclusive est une pratique ancienne et plurielle : 

  • L’expression naît dans les 70s : on la voit apparaître sous la plume de théologiennes protestantes et féministes qui souhaitent inclure les femmes dans la pratique religieuse et dans les textes sacrés. 
  • Le sujet est très étudié : depuis les années 1970 également, un grand nombre d’études en sciences sociales interrogent le potentiel discriminatoire de la langue. Elles emploient plutôt l’expression “langage non sexiste” ou “gender-fair language”.
  • Féminisation ? Plutôt re-féminisation : jusqu’au 17e siècle, on emploie autant les termes féminins que masculins (avant l’intervention de l’Académie française). Dès le 20e, de gros efforts sont menés par les institutions étatiques pour réintégrer les mots féminins supprimés. 
  • Avant l’inclusif, l’épicène : Avant “l’inclusif”, depuis les années 80, on parlait beaucoup de rédaction épicène dans les pays francophones du Nord. C’est d’ailleurs toujours le mot qu’on emploie au Québec et en Suisse romande. Il est utilisé dans le sens de “neutre”, de termes qui permettent de désigner tous les genres indifféremment (contrairement au masculin). 

Les apports du langage ouvert

Le langage ouvert s’inscrit dans la continuité du mouvement de l’écriture inclusive. En 2017 Vinciane MOURONVALLE CHAREILLE conçoit le langage ouvert avec pour objectif de dépasser les limites de l’écriture inclusive. Quels sont les bénéfices de ce concept innovant ?

Passer de l’écriture au langage

Le langage, c’est tous les systèmes de signes qui permettent la communication. En partant de là, on peut viser l’égalité dans l’ensemble des communications. 

  • À l’écrit : l’écriture inclusive permet de travailler sur les règles de grammaire
  • en langage ouvert, on pense aussi au sens des mots féminins et masculins. On cherche à le rééquilibrer (cf. notre article maîtresse et maître pour un exemple).
  •  À l’oral : En plus de l’écrit, le langage ouvert s’intéresse à la communication parlée (prononciation, temps de parole, etc.)
  • Dans les images : Le langage ouvert permet aussi la prise en compte des discriminations de genre dans les images à travers la présence / absence et la mise en scène des personnages, les couleurs utilisées, etc.

Parler de langage plutôt que d’écriture permet aussi d’affirmer plus facilement la pluralité des pratiques. C’est un bon moyen d’éviter que la discussion soit réduite à une technique spécifique. 

Citation de Wendy Delorme sur l'écriture inclusive

Passer de l’inclusion à l’ouverture

L’autre apport majeur du langage ouvert, c’est un changement radical de posture mentale. Dans “écriture inclusive”, il y a cette notion que la langue est d’abord masculine et qu’elle inclut d’autres genres. Pourtant, les mots ne sont pas “par défaut” masculins, c’est un choix politique que de n’utiliser que du masculin. C’est un cercle restreint qui a choisi de refermer la langue sur lui-même. 

En ouvrant le cercle qu’est notre conception du langage, on évite le fait d’assigner les individus à des cases. C’est une vision dynamique, profonde et globale de l’égalité.

Passer du manuel à l’usage

Le dernier aspect qui caractérise le langage ouvert, c’est son pragmatisme. On parle souvent des règles d’écriture inclusive à connaître. Malheureusement, s’il suffisait d’une recette magique pour parvenir à l’égalité, ça se saurait. Le langage n’existe que dans l’usage, il est donc essentiel de prendre en compte les freins et les leviers du contexte où il est utilisé.

Ouvrir son langage est un processus dynamique, qui évolue au cours du temps. Étant communicante et marketeuse de métier, Vinciane a pu expérimenter par elle-même des moyens de rendre ces changements les plus fluides possibles. Au sein de l’agence nous avons 3 recommandations à faire 

  • Adopter une démarche bienveillante
  • Prendre en compte la complexité du numérique
  • Impliquer le collectif

Alors, vous y voyez plus clair ? Vous vous sentez d’attaque pour ouvrir votre langage ? 💪

Clémentine OTTO-BRUC

Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ?

Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ?

Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ?

Pour ce deuxième volet de notre #FoireAuxArguments, (le 1er volet ici) on a choisi de vous parler du point médian. Depuis 2017, la contraction des termes féminins et masculins à l’aide d’un signe typographique est devenu un sujet brûlant et le fameux point médian a focalisé toute l’attention. 

Qu’est-ce que la contraction de mots ? Par souci de concision, “l’instituteur ou l’institutrice” devient par exemple “l’instituteur·ice”, les “clientes et clients” des “client-e-s”, etc. Autrement dit, on parle de ce que le grand public a retenu comme étant “l’écriture inclusive”. (Même si dans les faits, l’écriture inclusive recouvre des pratiques plus larges.)

Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ? Foire aux arguments

Sans plus attendre, décortiquons ensemble 4 grandes idées reçues (principalement véhiculées par l’académie française) concernant ces formes de langage innovantes :

« Le point médian et les tirets détruisent la langue » 💥

Le fait d’abréger des groupes de mots se fait depuis longtemps et passe souvent inaperçu. On nous demande souvent d’indiquer notre ou nos “prénom(s)” dans des formulaires, par exemple. On comprend bien qu’il s’agit d’une alternative à “prénom ou prénoms”, qui a pour but d’éviter une répétition et donc de gagner de l’espace. 

C’est le même principe lorsque l’on accole des mots désignant différents genres. La logique de la langue est respectée : le radical des mots reste intact et le suffixe fait son job d’apporter une précision sémantique. La seule nouveauté, c’est qu’il y a débat sur le signe typographique à utiliser. 

Différents signes typologiques utilisés pour contracter les termes féminins et masculins : parenthèses : client(e), majuscules ; clientE, barre oblique : client/e, trait d'union : client-e, point de fin de phrase : client.e, point médian : client·e

On s’accorde généralement à dire qu’une info entre parenthèses est moins importante voire facultative. À l’inverse, la majuscule survalorise. Ces usages peuvent donc nuire à l’objectif d’égalité entre les genres. 

Du coup, beaucoup de personnes préfèrent l’usage de la barre oblique, du tiret, du point ou du point médian. Ces derniers ont l’avantage de présenter les différents genres grammaticaux sur le même plan.

En tous cas, la langue semble plutôt enrichie par toutes les significations qu’elle peut prendre !

« C’est trop compliqué à écrire » 😩

Comme tout changement d’habitude, intégrer ces abréviations demande un peu de pratique. Une fois qu’on a compris où se place le signe typographique, on prend vite le pli. Pour ça, vous avez deux options. Vous pouvez le mettre entre chaque suffixe (ex. “les client·e·s”) ou seulement entre les deux premiers (ex. “les client·es”).

En général, c’est l’usage du point médian qui pose le plus de difficultés. Pour une raison simple : il n’a pas de touche dédiée sur la plupart des claviers d’ordinateur. Je vous propose un topo des différentes solutions pour simplifier son utilisation.

  • L’option la plus radicale : Se procurer un clavier BÉPO, qui change la disposition de toutes les touches. 
  • L’option la plus laborieuse : Les raccourcis claviers et les copier collers de point médian (que vous pouvez garder dans vos notes par exemple). 
  • L’option la plus ingénieuse : Sur le web, l’extension Écriture Inclusive Facile (e·i·f) remplace automatiquement les points classiques en points médians. Sur Word, vous pouvez paramétrer votre propre raccourci automatique (fichier > options > vérification > options de correction automatique > entrez par exemple “–” à remplacer par “·”). 

Pour l’histoire, certains mots autrefois écrits avec un trait d’union ont été soudés à force de l’usage (ex. porte-feuille devenu portefeuille). Il est envisageable que la contraction des mots féminins et masculins évolue dans ce sens. 

« C’est complètement illisible » 🙈

Tout comme pour l’écriture, c’est une question d’habitude. C’est d’ailleurs ce que suggère une étude de Pascal Gygax et Noelia Gesto. Elle montre que si l’œil ralentit parfois quand il lit un mot contracté, il reprend son rythme habituel dès la deuxième apparition dans le texte.

Si vous trouvez tout de même l’exercice difficile, voici quelques pistes pour prononcer une forme contractée, type “les auteur·ices”. 

  • Passer par la double flexion : les auteurs et les autrices, ou les autrices et les auteurs
  • Fusionner le groupe de mots : les auteurices 
  • Marquer une pause à la lecture : les auteur… ices

« Et les personnes en difficulté pour maîtriser le français alors, vous y pensez ? » 😧

“L’écriture inclusive” est souvent associée à la notion de difficulté. Elle rendrait l’usage de la langue plus complexe pour certaines catégories de la population. Notamment, pour les personnes dyslexiques, illettrées et aveugles. 

Ces enjeux doivent être essentiellement pris en compte au même titre que les inégalités que produit un langage exclusivement au masculin. On peut tout à fait défendre un langage égalitaire ET accessible. C’est même souhaitable sachant qu’une personne peut être désavantagée à la fois par les règles d’orthographe et par le sexisme.

Il s’agit donc plutôt d’améliorer nos outils pédagogiques et numériques en adoptant la posture de langage ouvert. À ce sujet, on peut par exemple noter qu’il est possible de configurer les lecteurs d’écran pour une prononciation fluide des mots avec points médians. 

En ce qui nous concerne, nous construisons des outils pour rendre le langage ouvert accessible à toute personne. Suivez nos réseaux pour découvrir les infos en temps voulu (en bas de cette page) ! 

Et vous, quelles sont vos solutions pour communiquer de manière égalitaire ? 💪

Clémentine OTTO-BRUC

4 cadeaux à faire à votre clientèle pour la St-Valentin

4 cadeaux à faire à votre clientèle pour la St-Valentin

Saint-Valentin : offrez 4 cadeaux à votre clientèle !

La Saint-Valentin : Une belle occasion d’exprimer notre amour aux personnes que l’on aime, et pourquoi pas de les gâter (comme chaque jour de l’année finalement). 

Ça sonne bien, non ? Malheureusement le 14 février est aussi devenu une formidable opportunité de répandre des stéréotypes de genre en marketing. Ce, jusqu’à rendre cette fête insupportable pour beaucoup de personnes.  

Et si on évitait de tomber dans ce piège ?

Pour la Saint-Valentin, offrez du dégenré à votre clientèle

Et si cette année, c’est vous qui preniez soin de votre clientèle en lui offrant du marketing dégenré ? Nous avons identifié  quatre cadeaux que vous pouvez lui faire, pour avancer vers plus d’égalité :

Mettez la réciprocité à l’honneur ⚖️

Une représentation qui revient souvent lors de la Saint-Valentin, c’est celle de l’homme “galant.” Celui qui doit absolument prendre les devants pour surprendre et satisfaire sa partenaire, lui trouver le cadeau parfait. 

On voit couramment l’image d’une femme invitée par un homme au restaurant, qui se voit offrir un bouquet de fleurs et une carte tandis qu’elle le remercie en battant des cils. À l’inverse, un homme qui se contenterait de recevoir des cadeaux sans en offrir en retour serait probablement taxé de goujaterie.

Entre les lignes de ce scénario de l’homme actif et de la femme passive, on peut lire une forme de sexisme bienveillant. Cette expression a été inventée par les spécialistes en sciences sociales Peter Glick et Susan Fiske dans les années 1990. Elle renvoie à l’attitude a priori  positive qui décrit les femmes comme de belles créatures délicates et sensibles, devant être adorées et protégées par les hommes. Cette représentation les infantilise et déséquilibre leur relation avec les hommes.

Parce que les femmes aussi aiment offrir, les hommes aussi aiment recevoir. Parfois les deux, parfois aucun des deux, c’est une question de personnalité, de relation et de contexte finalement. Alors autant garder une communication ouverte, dans laquelle l’ensemble de votre cible peut se reconnaître.

Épousez la diversité des goûts 🎨

On ne compte plus le nombre de publicités qui distinguent une cible féminine d’une cible masculine. Concrètement, on le voit dans les suggestions de “cadeaux pour lui” et de “cadeaux pour elle”. Cette segmentation peut être très explicite, à travers l’usage d’un code couleur marqué (du bleu et du rose) ou encore de symboles (de Mars et de Vénus). 

Elle peut aussi être plus subtile, suivant la même logique de sexisme bienveillant décrite plus tôt. Dans ce cas, on valorise les différences présupposées des femmes et des hommes. Mesdames préféreraient quelque chose de fin, de raffiné, de mignon. Messieurs quelque chose de pratique, de plus imposant, de très peu chargé émotionnellement. 

À nouveau, cela sous-entend que les comportements d’achat sont déterminés à partir de ce que l’on a entre les jambes. Ouvrir votre message accroît le nombre de personnes pouvant se reconnaître dans votre offre. Par exemple, vous pouvez recourir à une palette de couleurs plus large. Vous pouvez aussi utiliser des formulations plus neutres : parler d’être aimé, d’être cher, de partenaire, d’amoureux·se plutôt que d’amoureux ou d’amoureuse.

Célébrez toutes les formes d’amour 🌈

Vous avez remarqué que je parlais seulement de femmes et d’hommes ? Justement, j’y viens. Les publicités pour la Saint-Valentin tendent à mettre exclusivement des couples hétérosexuels en avant. Pourtant, l’amour peut prendre une infinité de formes, alors pourquoi n’en retenir qu’une seule ?   

Pour redorer le blason de la fête de l’amour, pensez à le mettre en scène dans toute sa richesse :

Les relations entre femmes, entre hommes, entre personnes non-binaires. L’amour pour soi, l’amour amical, l’amour familial. L’amour en couple, l’amour libre. Les relations à deux, à trois, à plus… En représentant votre clientèle dans toute sa diversité de relation, vous facilitez son adhésion à votre offre de produit.

Vous pouvez aussi faire le choix de centrer votre communication sur vos produits ou services plutôt que sur les personnes auxquelles vous vous adressez. Dans les deux cas, vous augmenterez votre impact.

Vendez la qualité de vos produits, pas votre clientèle 🏷️

Un autre cadeau que vous pouvez faire à votre audience pour la Saint-Valentin, c’est de déconnecter la sexualité de l’amour, car ces deux aspects ne se rejoignent pas forcément. On remarque une tendance de certaines marques à présenter leurs produits -de lingerie et de bijouterie notamment- comme une super monnaie d’échange pour “obtenir” des relations sexuelles. Ce procédé rejoint assez bien un autre qui est vu et revu : la sexualisation (voire l’objectification) du corps des femmes pour vendre des produits. 

Ces représentations envoient le message que le corps des femmes est toujours disponible et que quiconque peut en disposer contre de l’argent. Donc, que l’on peut facilement se passer de leur consentement. C’est la fameuse culture du viol qui transpire dans notre société et qui nuit tant aux femmes.

De manière moins importante mais non négligeable, ces images donnent l’impression que vous doutez de la qualité de vos produits pour avoir besoin de faire un détour par la sexualité. Traiter les femmes de votre communauté comme le cadeau à consommer est donc purement contreproductif. 

Vous l’aurez compris, pour dégenrer votre communication, concentrez vous sur l’essentiel : votre produits ou services, leur qualité et en quoi ils peuvent plaire. Cela devrait suffir pour faire battre le  cœur de votre clientèle 😉

Clémentine OTTO-BRUC

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