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Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ?

Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ?

Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ?

Pour ce deuxième volet de notre #FoireAuxArguments, (le 1er volet ici) on a choisi de vous parler du point médian. Depuis 2017, la contraction des termes féminins et masculins à l’aide d’un signe typographique est devenu un sujet brûlant et le fameux point médian a focalisé toute l’attention. 

Qu’est-ce que la contraction de mots ? Par souci de concision, “l’instituteur ou l’institutrice” devient par exemple “l’instituteur·ice”, les “clientes et clients” des “client-e-s”, etc. Autrement dit, on parle de ce que le grand public a retenu comme étant “l’écriture inclusive”. (Même si dans les faits, l’écriture inclusive recouvre des pratiques plus larges.)

Écriture inclusive : le point médian est-il vraiment problématique ? Foire aux arguments

Sans plus attendre, décortiquons ensemble 4 grandes idées reçues (principalement véhiculées par l’académie française) concernant ces formes de langage innovantes :

« Le point médian et les tirets détruisent la langue » 💥

Le fait d’abréger des groupes de mots se fait depuis longtemps et passe souvent inaperçu. On nous demande souvent d’indiquer notre ou nos “prénom(s)” dans des formulaires, par exemple. On comprend bien qu’il s’agit d’une alternative à “prénom ou prénoms”, qui a pour but d’éviter une répétition et donc de gagner de l’espace. 

C’est le même principe lorsque l’on accole des mots désignant différents genres. La logique de la langue est respectée : le radical des mots reste intact et le suffixe fait son job d’apporter une précision sémantique. La seule nouveauté, c’est qu’il y a débat sur le signe typographique à utiliser. 

Différents signes typologiques utilisés pour contracter les termes féminins et masculins : parenthèses : client(e), majuscules ; clientE, barre oblique : client/e, trait d'union : client-e, point de fin de phrase : client.e, point médian : client·e

On s’accorde généralement à dire qu’une info entre parenthèses est moins importante voire facultative. À l’inverse, la majuscule survalorise. Ces usages peuvent donc nuire à l’objectif d’égalité entre les genres. 

Du coup, beaucoup de personnes préfèrent l’usage de la barre oblique, du tiret, du point ou du point médian. Ces derniers ont l’avantage de présenter les différents genres grammaticaux sur le même plan.

En tous cas, la langue semble plutôt enrichie par toutes les significations qu’elle peut prendre !

« C’est trop compliqué à écrire » 😩

Comme tout changement d’habitude, intégrer ces abréviations demande un peu de pratique. Une fois qu’on a compris où se place le signe typographique, on prend vite le pli. Pour ça, vous avez deux options. Vous pouvez le mettre entre chaque suffixe (ex. “les client·e·s”) ou seulement entre les deux premiers (ex. “les client·es”).

En général, c’est l’usage du point médian qui pose le plus de difficultés. Pour une raison simple : il n’a pas de touche dédiée sur la plupart des claviers d’ordinateur. Je vous propose un topo des différentes solutions pour simplifier son utilisation.

  • L’option la plus radicale : Se procurer un clavier BÉPO, qui change la disposition de toutes les touches. 
  • L’option la plus laborieuse : Les raccourcis claviers et les copier collers de point médian (que vous pouvez garder dans vos notes par exemple). 
  • L’option la plus ingénieuse : Sur le web, l’extension Écriture Inclusive Facile (e·i·f) remplace automatiquement les points classiques en points médians. Sur Word, vous pouvez paramétrer votre propre raccourci automatique (fichier > options > vérification > options de correction automatique > entrez par exemple “–” à remplacer par “·”). 

Pour l’histoire, certains mots autrefois écrits avec un trait d’union ont été soudés à force de l’usage (ex. porte-feuille devenu portefeuille). Il est envisageable que la contraction des mots féminins et masculins évolue dans ce sens. 

« C’est complètement illisible » 🙈

Tout comme pour l’écriture, c’est une question d’habitude. C’est d’ailleurs ce que suggère une étude de Pascal Gygax et Noelia Gesto. Elle montre que si l’œil ralentit parfois quand il lit un mot contracté, il reprend son rythme habituel dès la deuxième apparition dans le texte.

Si vous trouvez tout de même l’exercice difficile, voici quelques pistes pour prononcer une forme contractée, type “les auteur·ices”. 

  • Passer par la double flexion : les auteurs et les autrices, ou les autrices et les auteurs
  • Fusionner le groupe de mots : les auteurices 
  • Marquer une pause à la lecture : les auteur… ices

« Et les personnes en difficulté pour maîtriser le français alors, vous y pensez ? » 😧

“L’écriture inclusive” est souvent associée à la notion de difficulté. Elle rendrait l’usage de la langue plus complexe pour certaines catégories de la population. Notamment, pour les personnes dyslexiques, illettrées et aveugles. 

Ces enjeux doivent être essentiellement pris en compte au même titre que les inégalités que produit un langage exclusivement au masculin. On peut tout à fait défendre un langage égalitaire ET accessible. C’est même souhaitable sachant qu’une personne peut être désavantagée à la fois par les règles d’orthographe et par le sexisme.

Il s’agit donc plutôt d’améliorer nos outils pédagogiques et numériques en adoptant la posture de langage ouvert. À ce sujet, on peut par exemple noter qu’il est possible de configurer les lecteurs d’écran pour une prononciation fluide des mots avec points médians. 

En ce qui nous concerne, nous construisons des outils pour rendre le langage ouvert accessible à toute personne. Suivez nos réseaux pour découvrir les infos en temps voulu (en bas de cette page) ! 

Et vous, quelles sont vos solutions pour communiquer de manière égalitaire ? 💪

Clémentine OTTO-BRUC

Le masculin est-il vraiment neutre ?

Le masculin est-il vraiment neutre ?

Le masculin est-il vraiment neutre ?

Pour bien démarrer l’année 2021 sous le signe de l’égalité, nous vous proposons un nouveau concept sur le blog : la #FoireAuxArguments.

Les débats autour de la féminisation du langage et de l’écriture inclusive peuvent être très tendus et sont rarement documentés. Nos objectifs avec cette série ? Déconstruire les idées reçues, recentrer la discussion sur les enjeux de fond et avancer sur du concret.

On commence avec 3 fausses croyances sur l’emploi du genre masculin de manière générique (c’est-à-dire, qui permettrait de représenter tout le monde peu importe son sexe). 

“Ça n’a aucune importance, le masculin est neutre ! » 🤫

C’est une règle de base en grammaire : le genre avec lequel on désigne les humains dépend de leur sexe. Celui avec lequel on décrit les êtres et objets inanimés est arbitraire. Le masculin est fait pour représenter des hommes, le féminin pour représenter des femmes.

Alors pourquoi le masculin serait-il “neutre”, contrairement au féminin ? Ce n’est pas une question anodine. Le fait d’utiliser le masculin par défaut est le fruit d’un choix politique et idéologique fait par l’Académie française au 17ème siècle. Durant cette période propice à la misogynie, le grammairien Nicolas Beauzée justifiait ce choix en affirmant que « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ». Est-ce que cela vous semble pertinent dans notre société actuelle ?

foire aux arguments : le masculin est il vraiment neutre ?

« C’est évident qu’on ne parle pas que des hommes » 🙄

On aimerait bien que ce soit si simple ! Mais le masculin a de nombreux sens. On peut parler seulement d’hommes, de beaucoup de femmes et très peu d’hommes, d’un groupe paritaire etc.
Depuis les années 1970 beaucoup de recherches en psychologie ont montré que notre cerveau a du mal à gérer toutes ces possibilités. Du coup, il comprend automatiquement le masculin dans son sens spécifique (ex. quand on dit “les clients” on ne se représente que des hommes dans notre tête. Ça a des implications concrètes en matière d’égalité.

Par exemple, les offres d’emploi rédigées uniquement au masculin dissuadent grandement les femmes de postuler et conduisent les personnes en charge du recrutement à les juger plus durement que les hommes (à compétences égales). D’où l’importance d’écrire les offres d’emploi en langage ouvert !

“On combat le masculin… et donc les hommes » 😨

Notre démarche est d’ouvrir le langage pour construire une société où tous les genres ont leur place, y compris les hommes. On utilise le masculin lorsqu’on parle spécifiquement d’eux. Puisque les termes masculins supposés « neutres » invisibilisent les autres individus, il est essentiel d’utiliser des termes adéquats pour les représenter. Heureusement, il existe beaucoup de solutions. Il n’y a donc rien à perdre et beaucoup à gagner.

Vous l’aurez compris, la communication égalitaire est loin d’être futile ou excessive.

Alors, vous sentez-vous d’attaque pour agir vers plus d’égalité par le langage ? 💪

Clémentine OTTO-BRUC