Le génie de l’ingénieure-ingénieuse

Le génie de l’ingénieure-ingénieuse

« Ingénieure » est la forme féminine la plus communément admise. Elle nous vient tout droit du Québec qui a adopté le suffixe -E pour marquer le féminin dès les années 1970. Sauf que cette terminaison ne s’entend pas. Si l’on souhaite visibiliser les femmes à l’oral, mieux vaut privilégier un féminin sonore qu’un féminin muet. Pourquoi pas ingénieure-ingénieuse ?

Comment nommer une femme qui occupe un emploi en ingénierie ? Et quel mot neutre employer pour sortir du binarisme de la langue ?

ingénieur, ingénieuse, ingéniaire

À uniQ en son genre nous avons donc décidé de mettre le terme « ingénieuse » en avant. Tout d’abord car il vient du latin « ingenium » (comme « ingénieur »), qui peut désigner le savoir-faire, l’habileté, le génie. C’est une caractéristique que l’on retrouve tant dans la définition « ingénieux/ingénieuse » que dans celle « ingénieur/ingénieuse ». Jusqu’ici c’est un terme qui reste rare pour désigner une femme dans l’ingénierie, même s’il existe des occurrences. Rappelons-nous que le français connaît de nombreux mots polysémiques : le mot “patron” désigne aussi bien un homme qui dirige une entreprise, qu’un modèle de couture. Voire un saint catholique supposé protéger un groupe de personnes. De quoi nous décider à prendre l’habitude d’utiliser « ingénieuse » autant pour nommer une femme créative et intelligente qu’une autre qui travaille dans l’ingénierie !

Le métier d’ingénieure-ingénieuse, ingéniaire s’accorde surtout au masculin

Les métiers de l’ingénierie recouvrent de vastes secteurs. L’ingénierie d’affaire, aéronautique, informatique, technico-commerciale…  Peu importe le domaine, une personne ingénieure-ingénieuse est chargée de créer, concevoir, réaliser, mettre en œuvre et contrôler des produits, systèmes ou services dans une organisation.

Ce sont des métiers de cadres extrêmement valorisés dans notre société. Métiers qui sont la plupart du temps accessibles après un passage dans une école spécialisée qui délivre le titre « d’ingénieur diplômé ». Peu importe la voie d’accès, le taux de chômage est bas, les salaires sont confortables. Un certain prestige est lié à ce statut, valorisé par les qualités considérées comme masculines que sont l’expertise, le leadership, la polyvalence, la rigueur, l’innovation, le management.

Si les femmes sont encore peu nombreuses à avoir un poste d’ingénieure-ingénieuse, elles ont toujours fait partie de ces personnes qui innovent et créent, que ce soit seules ou en groupe. Elles avaient donc les compétences sans le titre associé qui allait avec. Dans notre formation au langage ouvert, nous évoquons l’exemple d’Ada Lovelace en informatique. C’est une pionnière dans la programmation informatique et son œuvre s’apparente de fait, à un travail d’ingénieure-ingénieuse.

Être ingénieure-ingénieuse, ingéniaire une histoire d’hommes

Historiquement les métiers de l’ingénierie sont davantage occupés par des hommes : en France, à ce jour encore, seuls 20% sont occupés par des femmes. La formation en ingénierie a d’ailleurs longtemps exclu les femmes de ses rangs.

Les premières écoles « d’ingénieurs » au 18e siècle ont une vocation militaire et sont destinées aux hommes. Il faut attendre les années 1920 pour qu’apparaisse de la mixité dans les nouvelles écoles, voire la création de l’Ecole Polytechnique féminine en 1925. Ces femmes bénéficient notamment de l’ouverture du baccalauréat aux étudiantes, mais surtout d’un contexte favorable au sortir de la Première guerre mondiale. Alors que le besoin de personnel technique qualifié se fait sentir, les hommes sont moins nombreux. Accepter et former une femme pour qu’elle devienne ingénieure-ingénieuse pallie le manque. Mais les ingénieuses restent des exceptions, comme aujourd’hui.

Depuis de nombreuses années les écoles et entreprises veulent diversifier les profils des métiers de l’ingénierie, notamment en augmentant la part des femmes dans ce domaine. En effet, être ingénieure-ingénieuse reste peu commun de nos jours. Si de nombreuses actions sont à entreprendre sur le long terme pour atteindre cet objectif, il en est une facile et rapide à adopter : utiliser le langage pour visibiliser les femmes et les personnes non-binaires de l’ingénierie.

Quel mot adopter : ingénieur, ingénieure-ingénieuse, ingéniaire ?

Il est habituel de voir le terme « ingénieur » pour parler d’une femme, voire l’expression « femme ingénieur ». Contrairement à ce que l’on peut croire, « ingénieur » ne fait pas partie des mots épicènes. L’utiliser c’est bien employer un terme masculin. Ce qui est compréhensible puisqu’aucune femme n’avait le statut d’ingénieure-ingénieuse avant le 20e siècle (du moins en France). Une alternative féminine n’était donc pas nécessaire, mais aujourd’hui c’est le cas.

Nous avons donc deux possibilités pour se faire: utiliser le mot ingénieure ou le mot ingénieuse. Dans un cas comme dans l’autre, employer un féminin aura toujours l’avantage de visibiliser ces femmes qui ont fait et font encore beaucoup pour l’ingénierie et par extension, pour la société dans son ensemble. 

Enfin, si l’on veut des alternatives pour dégenrer le langage, adoptons le terme « ingéniaire » ! Le suffixe -AIRE étant connu et déjà employé pour des mots épicènes comme « antiquaire ». Ceci peut être utile pour désigner une personne non-binaire, mais également pour évoquer une personne dont on ne connaît pas le genre. De plus, utiliser ce mot au pluriel a de l’intérêt en tant que mot englobant, pour désigner un groupe de personnes de genres différents ou inconnus. 

Que l’on soit ingénieur, ingénieure-ingénieuse ou ingéniaire, on fait preuve de savoir-faire. Prenons conscience que le savoir-dire est tout aussi important et innovons dans notre langage pour plus d’égalité ! 

 

Alors, quelle(s) nouvelle(s) forme(s) allez-vous adopter à partir de maintenant ?

Morgane LE COQ

Réalisatrice est un métier

Réalisatrice est un métier

Encore une année de passée pour le cinéma français qui s’est réuni à l’occasion de la 46e cérémonie des César. Les cérémonies et les années passent pour le monde du septième art, mais au moins une chose reste : aucune réalisatrice à l’horizon des palmarès. Mais où sont les réalisatrices ? Et les réalisataires ?

réalisatrice réalisataire

Les femmes et le cinéma : une longue histoire

On attribue généralement l’invention du cinéma aux frères LUMIERE en 1895. Bien sûr ils se sont appuyés sur le travail de plusieurs hommes avant eux pour créer les technologies qui ont permis l’existence même du cinéma. Mais sans les femmes, le cinéma que l’on connaît aujourd’hui n’aurait pas pu exister non plus. Et c’est comme ça que de nombreux pionniers du cinéma sont en réalité de nombreuses pionnières.

Citons Alice GUY, première réalisatrice de films au monde ! Car si les hommes qui l’ont précédée filmaient la vie quotidienne, Alice Guy est la première personne à avoir l’idée d’écrire des scénarios pour ses films et de les faire jouer par des comédiennes et comédiens. Cette réalisatrice française engagée (je vous recommande vivement son film Les résultats du féminisme de  1906) a également créé la plus grande société de production américaine des années 1910, la Solax.

Réalisatrice et pionnière du cinéma

Alice GUY est loin d’être une exception dans l’histoire du cinéma. Lois Weber est une autre scénariste et réalisatrice réputée. Son œuvre souligne son engagement militant, avec des films sur l’équité salariale, les vies de femmes, la peine de mort. Mabel NORMAND est à la fois actrice et réalisatrice et a notamment codirigé des films auprès de Charlie Chaplin. Sans oublier Cleo MADISON, Dorothy ARZNER, Mary Ellen BUTE…La France connaît aussi ses pionnières comme Germaine DULAC ou Marie-Louise IRIBE. Jusque dans les années 1930 le cinéma est un secteur sous-côté. Si le public appréciait les projections, peu de monde s’y intéressait vraiment.

Le changement aux Etats-Unis commence avec le krach boursier de 1929. De nombreux hommes de la finance perdent leurs emplois, décident d’investir la côte ouest où l’industrie du cinéma s’annonce florissante. Petit à petit les femmes, réalisatrices, scénaristes, productrices, monteuses, sont « remerciées » après avoir formé leurs successeurs. L’histoire étant « écrite par les vainqueurs », celle du cinéma a perdu les noms de ces femmes qui sont d’illustres inconnues pour la plupart des gens.

Etre réalisatrice dans l’industrie du cinéma

Aujourd’hui les choses ont évolué et les femmes peuvent tout faire, notamment des films… On les retrouve dans les écoles de cinéma où les effectifs deviennent paritaires. Mais les changements peuvent être longs, très longs, malgré cette donnée encourageante. 

Les femmes représentent en France un peu moins de 25% des personnes réalisant des longs métrages. Ce qui est pas mal, sachant que la moyenne européenne tourne autour de 20% et qu’aux Etats-Unis ce chiffre tombe à moins de 10%.

Pourtant avoir le statut de réalisatrice ne fait pas tout. Dans quelles conditions ces femmes travaillent-elles ? Quels types de films sont réalisés par des femmes ? Combien de films une réalisatrice peut-elle tourner ? Pour quel budget ? Comment sont-ils financés ? Pour quelle audience ?

Les femmes sont mieux représentées dans le genre documentaire où elles réalisent ¼ des films, mais sont seulement présentes à hauteur de 15% dans la fiction, 11% dans l’animation. Elles ont la possibilité de réaliser moins de films que leurs homologues masculins. Les budgets de leurs films sont en moyenne de 3,47 millions d’euros contre 5,51 millions d’euros pour les réalisateurs (en 2017 d’après le CNC). Et elles ne sont plus que 3% à réaliser des films à gros budgets (plus de 15 millions d’euros).

Réalisatrice en vue et à voir

Évidemment tous ces éléments combinés les uns aux autres, se nourrissent des stéréotypes de genre et les renforcent. Si l’on compte peu de réalisatrices, l’absence de chiffre concernant les réalisataires non-binaires révèle un angle encore plus mort du secteur du cinéma.

Les chiffres parlent. En 2021, seules trois récompenses ont été attribuées à une femme :

  • Tonie Marshall a été récompensée d’un César de la meilleure réalisation en 2000 (appelé « César du meilleur réalisateur » jusqu’en 2016) ;
  • Jane Campion a reçu la palme d’or à Canne en 1993 (ex-aequo avec un homme) ;
  • Kathryn Bigelow a été nommée « Best director » pour les Oscars en 2010.

Les chiffres révélant la place des personnes non blanches sont encore plus consternants. Alors célébrer la diversité dans le cinéma semble un peu incongru…

Visibiliser les réalisatrices et réalisataires dans le cinéma, regarder leurs films, en parler, les partager, les faire connaître : c’est augmenter la place des femmes et des personnes non-binaires dans la bibliothèque mentale du grand public. Dans notre matrimoine.

Selon vous, d’après votre bibliothèque personnelle, quelles réalisatrices ou réalisataires mériteraient plus de reconnaissance du public et des pairs ?

Morgane LE COQ

Maîtresse, synonyme de maître ?

Maîtresse, synonyme de maître ?

Maîtresse, synonyme de maître ?

Si ce titre vous interpelle c’est sûrement qu’ensemble, on touche un problème du doigt. Peut-être vous êtes-vous déjà demandé comment interpeller une avocate ? “ Maître ” ? “ Maîtresse ” ? Peut-être que la connotation de ce mot vous embarrasse ou vous fait rire.

Et si on s’arrêtait sur les enjeux que soulèvent ce mot ? 

maitresse

Des représentations asymétriques

Une simple recherche des mots “maîtresse” et “maître” sur internet permet d’entrevoir qu’on entend pas tout à fait la même chose derrière ces mots. 

Quand on cherche une définition assez générique du mot désignant une personne qui maîtrise dans les dictionnaires les plus connus (Larousse, Académie française, Trésor de la Langue française), on trouve qu’il fait référence au fait de :

  • Détenir l’autorité sur d’autres personnes ou un lieu, les commander, les dominer.
  • Posséder quelque chose (ou des êtres vivants…).
  • Disposer de son propre sort, être libre d’agir.
  • Détenir une supériorité reconnue dans un domaine en particulier, détenir une compétence particulière, connaître de manière approfondie.
  • Transmettre des savoir, enseigner, éduquer.

Alors, que maîtrisent la maîtresse et le maître ?

Apparemment, les femmes maîtriseraient bien moins de choses que les hommes. (Vérifiez par vous-même avec un CTRL + F sur votre clavier.)

  • Sur la page du Larousse, le mot maître est mentionné 89 fois. Maîtresse 10 fois. 
  • On trouve 135 “maître”  contre 20 “maîtresse” dans le dictionnaire de l’Académie. 
  • 349 “maître” pour seulement 71 “maîtresse” dans le Trésor de la Langue française. 

Les femmes et les hommes n’auraient pas non plus les mêmes aptitudes, si on s’en tient à ces définitions. On vous propose une sélection des exemples que donnent ces dictionnaires. [Attention : on part sur des pépites sexistes et colonialistes qui feraient mieux de rester bien enfouies. /!\ ]

Selon ces définitions, les femmes maîtriseraient : leur maison, le logis, les affaires domestiques, les servantes, les écoles, les internats, les auberges, les novices, la patience, la gentillesse voire l’art de mentir. La maîtresse serait également celle qui entretient avec un homme des relations charnelles en dehors de son mariage (forcément hétéro !?!). Bref, ce qui touche à la sphère privée.

Les hommes seraient quant à eux en mesure de maîtriser : leurs femmes, leurs familles, les esclaves, les valets, les cérémonies, les armes, les champs de bataille, les affaires, les chiens, les équipages, la stratégie, les ouvrages, les offices, les chapelles, les arts, le droit, l’économie, l’histoire, la maçonnerie, les conférences, le savoir, la science, les disciples, les pays, les royaumes, les empires… les esprits, le temps. Tout l’univers du public. Le MONDE quoi !

La dichotomie entre le public et le privé est au centre des écrits et des luttes politiques féministes depuis près de deux siècles, en dernier ressort, c’est l’enjeu principal du mouvement des femmes.

Carole PATEMAN - 1989

professeuse émérite de théorie politique , Université Californie

Des stigmates de conceptions sexistes historiques

Ces mots partagent pourtant la même construction : comment un tel fossé sémantique a pu se creuser ? Pourquoi le terme de maîtresse est-il associé à ce qui touche à la sphère privée, aux tâches domestiques, à la garde d’enfants, au soin d’autrui, voire à l’érotisme ? Pourquoi le maître représente pour nous la maîtrise de la sphère publique ? C’est le fruit de notre histoire, de nos représentations culturelles passées et présentes.

La figure de la maîtresse de maison

Au XVIIIème siècle, en France et en Europe, un type de livres était très prisé : les manuels de conduite à destination des “jeunes filles”. Ces ouvrages avaient pour but d’éduquer les filles pour qu’elles deviennent des épouses dévouées et des mères idéales. Les règles étaient particulièrement moralisatrices et s’appuyaient sur les normes chrétiennes de l’époque (comme l’illustre très bien le film “La bonne épouse” de Martin Provost). Rester à la maison était présenté comme le moyen pour les femmes de s’accomplir, de s’éloigner d’une vie de péchés.

Si les femmes, maîtresses de maison, possédaient un pouvoir dans le foyer, elles restaient cependant sous la domination de leur mari. Ce n’est pas avant le 4 juin 1970 que le terme de chef de famille sera supprimé de la loi. 

Dans une certaine mesure, le stéréotype de “la femme” “naturellement faite pour s’occuper du foyer” persiste aujourd’hui. Notamment à travers l’inégale répartition des tâches domestiques et parentales. Également dans le manque de mixité professionnelle

La figure de la maîtresse adultère

On peut se demander pourquoi, dans ce sens, le mot “maître” n’est pas utilisé. Pourquoi on lui préfère le terme d’amant ? (Un terme qui dénote plus l’amour que les rapports charnels.) Quels sont les biais de genre à l’oeuvre ?  

On l’a vu, l’identité féminine a historiquement été définie à travers les attentes et les interdictions sociales liées à la conjugalité. Et par extension aux comportements sexuels. À l’image de la maîtresse de maison se voit inextricablement opposer celle de la maîtresse adultère. À celle de “l’épouse fidèle”, celle de “la femme de petite vertu”.

La figure du Don Juan

Si l’adultère féminin a été fortement condamné et reste particulièrement stigmatisé, c’est rarement le cas lorsqu’il est le fait d’un homme. Dans la même veine, une étude sur les couples hétéros a mis en lumière que les femmes trompées avaient tendance à blâmer la maîtresse et les hommes la femme qui les a trompé. Cela peut expliquer pourquoi, dans son sens sexuel, le terme n’est utilisé que pour les femmes. Le comportement qu’il désigne est moins l’objet de tabous et de discussion lorsqu’il est adopté par un homme, considéré comme un potentiel « Don Juan », “charmeur”, “homme à femmes”… 

Ce qui n’est pas nommé par un terme ou par une relation dans une langue n’appartient pas à sa vision du monde.

Monique REMY - 1985

Doctoresse en philosophie et lettres, maîtresse de conférences, ULB

Ouvrons le langage : décloisonnons la maîtresse !

Le couple maître/maîtresse n’est qu’un exemple parmi les nombreuses asymétries de notre langue présentées ici au premier degré. Beaucoup de termes qui partagent la même construction prennent un sens différent pour des raisons politiques et idéologiques. Au masculin, ils indiquent une fonction sociale, au féminin, ils sont péjoratifs car liés au foyer qui est dévalorisé ou à des pratiques sexuelles qui sont stigmatisées.

Voici quelques exemples :

  • un homme public (politicien) / une femme publique (travailleuse du sexe)
  • un patron (chef d’entreprise) / une matrone (qui tient la maison)
  • un gouvernant (pouvoir) / une gouvernante (garde d’enfants)

Pour rétablir un équilibre, nous choisissons de visibiliser la maîtrise de femmes, au-delà des clichés.
Nous utilisons le genre féminin pour les titres d’emplois et les expressions honorifiques, comme :

  • Maîtresse d’oeuvre
  • Maîtresse d’ouvrage
  • Contremaîtresse
  • Maîtresse d’armes
  • Maîtresse de conférence
  • Maîtresse de cérémonie
  • Maîtresse à danser
  • Un coup de maîtresse
  • Maîtresse du monde
  • etc.

Au début ces expressions surprennent, ensuite elles deviennent la norme. Parce que se départir des stéréotypes passe par l’usage et l’habitude. Parce que le langage nous appartient, qu’il est le reflet de notre vision du monde (privé et public) et que nous choisissons de l’ouvrir.

Et vous, quelle maîtresse choisissez-vous ?

Clémentine OTTO-BRUC

A la recherche des chercheuses

A la recherche des chercheuses

A la recherche des chercheuses

La recherche scientifique serait-elle l’apanage des hommes ? À en croire de nombreuses publicités et fictions populaires, l’expertise scientifique s’incarne dans un homme à lunettes et en blouse blanche, cloîtré dans un laboratoire immaculé. Qu’il soit celui d’un savant fou ou d’un grand réservé, le génie est perçu comme masculin dans l’imaginaire collectif. Qu’est-ce que ces stéréotypes nous disent de la réalité ? Et qui sont les chercheuses alors ?

chercheuse

Qui fait de la recherche scientifique aujourd’hui ?

En France comme dans la plupart des pays d’Europe, la part des femmes de 25 à 34 ans diplômées de l’enseignement supérieur est près de 10 points supérieure à celle des hommes. Pourtant, en 2017, elles ne représentent que 28% dans les métiers de la recherche scientifique et 40,5% des postes de support administratif

Ces chiffres s’expliquent en partie par un manque de mixité. Les enseignantes-chercheuses sont bien plus nombreuses en langues et littératures (63%), en pharmacie (53%) et en sciences humaines (47%) qu’en mathématiques et informatiques (23%), en physique (22%) ou en ingénierie (19%).

Des stéréotypes qui ont la vie dure

On entend souvent que les femmes seraient “naturellement” émotives et que les hommes seraient beaucoup plus rationnels. Le moins qu’on puisse dire sur ce préjugé est qu’il dénigre l’intelligence des femmes, leur capacité à penser et donc à faire de la recherche. 

Dès la scolarité, ce type de schémas mentaux a des incidences sur l’orientation des filles. Leurs résultats scolaires sont similaires à ceux des garçons dans les disciplines scientifiques. Pourtant elles sont beaucoup moins nombreuses à s’orienter vers un cursus de ce type. Pas étonnant quand on réalise combien elles sont découragées dans leurs ambitions !

Une fois dans l’emploi, ces stéréotypes se font aussi ressentir dans l’organisation du travail. Le confinement a mis en lumière que, comme dans de nombreux métiers, la carrière des chercheuses est menacée par l’inégale répartition des tâches domestiques et parentales.

Une moindre reconnaissance des chercheuses

Plus on grimpe dans la hiérarchie, plus les préjugés discriminants se font ressentir. Et dans le secteur de la recherche le plafond de verre ressemble plus à un ciel de plomb. Vous doutiez-vous que seulement 9% des organismes de recherche sont présidés par des femmes ? 

Le manque de reconnaissance des chercheuses s’illustre aussi par la minimisation de leur contribution et l’appropriation de leurs travaux par leurs homologues masculin. C’est ce que l’historienne Margaret Rossiter a appelé l’effet Matilda. (On le retrouve aussi dans les réunion de travail sour la forme de « bropriation ».)

Si je vous demande de citer le nom d’une chercheuse célèbre, vous ne trouverez sûrement pas l’exercice facile. Et pour cause : seules 52 femmes ont reçu un Prix Nobel contre 863 hommes. Vous pensez à Marie Curie ? Et bien à titre d’exemple sachez que le jury voulait remettre son Nobel de physique exclusivement à son époux, Pierre Curie. Mais ça personne n’y pense. Elle probablement que oui (phénomène qu’illustre très bien le film « The Wife » de Björn Runge, 2017).

Disons et montrons les chercheuses !

Honorer et encourager la recherche scientifique menée par des femmes, c’est commencer par représenter les chercheuses indépendamment des hommes. 

Une équipe de spécialistes en économie, en partenariat avec la Fondation l’Oreal, a récemment démontré que les rôles modèles féminins ont une influence positive sur l’orientation des filles vers les filières scientifiques du supérieur (en mathématique, physique et informatique notamment). C’est vrai dans les écoles mais aussi dans les médias. Pour exemple l’influence qu’a eu Dana Scully sur de nombreuses femmes ayant choisi de travaillé en STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) en partie grâce à ce personnage de X-Files.

Par les images, par les mots que l’on emploie, c’est toute notre culture que nous devons changer pour accroître la place des femmes dans la recherche ! Elles y ont toute leur place, et nous avons besoin de leur participation active à découvrir, comprendre le monde d’aujourd’hui et inventer le monde de demain.

Nous avons choisi d’agir directement là où nous avons le pouvoir : celui des mots qui participent à chaque instant sur les représentations. Nous utilisons le langage ouvert et parlons des « chercheuses et chercheurs » (pour visibiliser les femmes) ou des « chercheurs et chercheuses » (par ordre alphabétique). Voire encore des « équipes de recherche » qui évite de genrer au masculin. Parce que la recherche se fait en équipe (contrairement à ce que clament certains récipiendaires de prix scientifiques).

Et vous, comment faites-vous ?

Héroïnes

Héroïnes

Héroïnes

Pour affronter la crise sanitaire actuelle, nos héros sont au front et sauvent des vies. Nous les en remercions, sincèrement.

Mais qui applaudissons-nous réellement chaque soir ? Nos héros ou nos héroïnes ?

entraineuse

Merci à elles !

Dès le début de la crise sanitaire, nous avons reçu un discours faisant l’apologie de la « guerre », celle incontournable qui enverrait au « front » les « vaillants soldats » pour lutter contre un « ennemi » qui nous veut du mal. Un monde daté qui repose toujours au 21ème siècle sur la guerre, la loi du plus fort, la puissance, la domination. Les fondements du patriarcat.

[Alerte : je rappelle que le virus est un être vivant dont le seul objectif est de vivre, dans le biotop qui lui convient, et il se trouve qu’en ce moment ce biotop ce sont les humains. A nous d’éviter le risque de notre incompatibilité mortelle avec lui. En temps de paix.]

Les héros de notre société sont en réalité aujourd’hui des femmes (comme nous le rappelle le Haut Conseil à l’Egalité ici). Elles portent une blouse blanche, un masque et une visière. Il n’est pas question de beauté, de fragilité et de passivité, ces stéréotypes esentialisant les femmes.

Ce sont des héroïnes, fortes, courageuses, puissantes et invisibles.

Une héroïne, des héroïnes

Nous devons dire les héroïnes, dire leur courage et construire le monde de maintenant avec elles.

Les métiers occupés par les femmes sont essentiels au bien-être de tous les individus et au bon fonctionnement de notre société. Nous devons les revaloriser.

Il est temps qu’être infirmière soit aussi valorisé que médecin. Qu’être Professeuse des Ecoles soient aussi reconnu que d’être dirigeant de startup, expert scientifique ou pompier. Il est temps que caissière et coiffeuse soient perçus comme « rôles indispensables » à une vie quotidienne de qualité.

Le langage ouvert manifeste une autre vision du monde d’aujourd’hui

Lorsque les femmes se sentiront plus valorisées dans ces métiers, elles pourront se déployer dans notre société. Construire le monde de demain est une action au présent. Le monde d’après est un leurre, celui des lendemains qui chantent. A quelle société souhaitons nous participer ?

Construire une charte du langage ouvert permettra de générer une culture commune en faveur de l’égalité dans la société et les entreprises.

Agissons immédiatement sur ce que nous avons déjà et manipulons chaque jour : le langage !

La femme inventeur est une inventrice.

La femme inventeur est une inventrice.

La femme inventeur est une inventrice.

Inventrice : un mot dans notre langue depuis le 15è siècle

Ce mot est apparu au 15ème siècle, avec des varations orthographiques courantes à l’époque.
En 1431 jeanne d’Arc est désignée « inventeresse » dans le sens d’autrice de mensonge.
Puis apparaît en 1454 « inventrice » sur le modèle latin ‘inventor, inventrix’ qui signifie alors « celle qui trouve, invente; autrice ».
Dans la 2ème moitié du même siècle, l’ « inventeure » est celle qui imagine quelque chose.
Les 3 versions de ce mot féminin équivalent à inventeur ont cohabité un long moment avant de tomber dans l’oubli.

entraineuse

L’inventrice existe-t’elle vraiment ?

L’innovation est-elle l’affaire d’inventeurs célèbres ?
Les femmes dédaigeraient-elles l’innovation ? Ce que je peux entendre parfois dans les échanges au quotidien. D’ailleurs, si je vous demande de citer 5 personnalités ayant inventé un objet très populaire, votre liste créditera probablement :
– GUTENBERG pour l’imprimerie
– PASTEUR pour le vaccin contre la rage
– EDISON pour l’ampoule éléctrique
– les frères LUMIERE pour le cinéma
– BELL pour le téléphone
– Steve JOBS, pour le PC

Des hommes, seulement des hommes, d’ailleurs pas toujours les réels inventeurs de l’objet pour lequel ils sont célèbres.

Sortons les inventrices de l’ombre

Dans ce monde de l’invention pourraient briller d’autres étoiles pourtant rarement connues. Parce que les femmes ont tout autant contribué à l’avancement du progrès technologique que les hommes. Mais qui connaît les noms d’inventrices suivants ?

  • Ada LOVELACE a conçu le premier calcultateur à l’origine du concept d’ordinateur
  • Mary ANDERSON a inventé les essuie-glaces
  • Heidy LAMARR est à l’origine de l’étalement de spectre qui donnera ensuite le GPS, le wifi et le bluetooth
  • Shirley JACKSON qui a permis les inventions entre autres du téléphone à touche, des cellules solaires et de la fibre optique
  • Stephanie KWOLEK pour le Kevlar
  • Grace MURRAY HOPPER a inventé le premier compilateur de langage informatique puis les suivants et le terme « bug 
  • Mária TELKES a inventé le premier générateur thermoélectrique qui lui a valut le surnom de « Reine du soleil »
  • Tabitha BABBITT invente la scie circulaire (et se fait voler l’idée)
  • Elizabeth MAGIE a conçu le jeu du Monopoly à l’origine pour sensibiliser contre le capitalisme
  • Anna CONNELLY crée la première sortie de secours en escalier extérieur

Ouvrons notre langage pour éclairer le monde

En identifiez-vous d’autres à ajouter à cette liste ?
Connaissez-vous des inventrices françaises inconnues qui méritent d’être mises en lumières ?

Ecrivez-nous et nous la complèterons avec plaisir !

Notre formation au langage ouvert sera bientôt accessible en ligne. Si vous souhaitez en savoir plus c’est ici, et si vous souhaitez recevoir les informations au lancement, c’est juste en dessous.

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