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manuel de grammaire non sexiste et inclusive, de Suzanne Zaccour et Michaël Lessard

Manuel de grammaire non sexiste et inclusive

de Suzanne Zaccour et Michaël Lessard

Cette fiche de lecture est la première d’une série pour vous aider à identifier les bons outils d’un langage ouvert, d’une « écriture inclusive », d’un langage sans sexisme. Ces lignes sont le reflet de notre compréhension de l’ouvrage et n’engagent que nous.

Savez-vous que la masculinisation de la langue française, a été mise en œuvre à partir du XVIIème siècle pour des raisons idéologiques et politiques, aussi bien dans le vocabulaire que dans la grammaire ?

Voilà comment les femmes ont été dépossédées du pouvoir de se dire et de se décrire : effacement de féminins désignant des professions considérées comme nobles, transformation des noms de métiers en termes génériques, accords au masculin (« le masculin l’emporte sur le féminin »).

Au XXème et au XXIème siècle les membres de l’Académie française continuent de soutenir que le masculin est « neutre », que les noms de métiers au masculins (avocat, banquier, facteur…) et que les accords au masculin sont « plus courts », « clairs », « naturels », tandis que le féminin « sonne mal, « alourdit le texte », « exclut les hommes ». Alors que dans le même temps l’Office québécois de la langue française (OQLF) promeut l’emploi épicène* et diverses expérimentations pour faire entendre le féminin.

Pourquoi est-ce si important de réintroduire du féminin dans la langue ?

Tout d’abord parce que les mots fabriquent les représentations : si l’on dit à des élèves des deux sexes : « Quelles études doit–on poursuivre pour devenir avocat ? », on construit la représentation que le métier d’avocat est réservé aux hommes. Non seulement cela a une influence sur l’orientation professionnelle, mais cela crée aussi des stéréotypes sur des compétences qui seraient propres aux femmes ou aux hommes. D’autre part, si l’on n’entend pas la marque du féminin dans la langue, c’est comme si les femmes n’existaient pas.

Déconstruction des mythes

Suzanne Zaccour et Michaël Lessard réfutent donc les arguments et déconstruisent les mythes qui s’opposent à la féminisation de la langue française : « lourdeur », « sonorités discordantes », « confusion »… Quand les opposants au langage inclusif prétendent que « le masculin générique n’a rien à voir avec le patriarcat », ils répondent par un argument d’ordre historique : les femmes ont été chassées d’activités qui leur donnaient une place importante dans la société ; et par un argument d’ordre symbolique : dans le langage actuel écrit et oral la femme est représentée comme une exception.

Pratique d’un langage non excluant

Dans la plus grande partie de l’ouvrage l’autrice et l’auteur proposent des usages lexicaux et syntaxiques pour les noms, adjectifs, pronoms, déterminants et verbes qui permettent de faire exister davantage le féminin dans la langue : graphie tronquée, emploi de doublets, rédaction épicène, accord de proximité, néologisme… Ces propositions sont chaque fois analysées en fonction de leurs avantages et inconvénients, suivant les critères suivants: clarté et cohérence, inclusion d’un genre non binaire, faire entendre le féminin à l’oral («féminin ostentatoire »), réhabilitation des femmes.

Il n’existe pas une solution unique pour chaque discours, oral ou écrit, mais plusieurs, qui sont éventuellement à combiner, en fonction des discours.

Exemple d’écriture non excluante
La version au masculin dit neutre = « Les greffiers reçoivent les actes de procédure entre 8h30 et 16h30 » peut être transformée en :

  • « Les greffiers.ères reçoivent les actes de procédure entre 8h30 et 16h30 »
  • « les greffières et les greffiers reçoivent les actes de procédure entre 8h30 et 16h30 »
  • Le personnel du greffe reçoit les actes de procédure entre 8h30 et 16h30 »

Cet article a été rédigé par Marie-France de la Selle,
professeuse de Lettres et formatrice en éducation à la sexualité.

*Epicène : non marqué du point de vue du genre, employé au masculin et au féminin sans variation de forme. Ex : une maire/un maire.

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