A la recherche des chercheuses

La recherche scientifique serait-elle l’apanage des hommes ? À en croire de nombreuses publicités et fictions populaires, l’expertise scientifique s’incarne dans un homme à lunettes et en blouse blanche, cloîtré dans un laboratoire immaculé. Qu’il soit celui d’un savant fou ou d’un grand réservé, le génie est perçu comme masculin dans l’imaginaire collectif. Qu’est-ce que ces stéréotypes nous disent de la réalité ? Et qui sont les chercheuses alors ?

chercheuse

Qui fait de la recherche scientifique aujourd’hui ?

En France comme dans la plupart des pays d’Europe, la part des femmes de 25 à 34 ans diplômées de l’enseignement supérieur est près de 10 points supérieure à celle des hommes. Pourtant, en 2017, elles ne représentent que 28% dans les métiers de la recherche scientifique et 40,5% des postes de support administratif

Ces chiffres s’expliquent en partie par un manque de mixité. Les enseignantes-chercheuses sont bien plus nombreuses en langues et littératures (63%), en pharmacie (53%) et en sciences humaines (47%) qu’en mathématiques et informatiques (23%), en physique (22%) ou en ingénierie (19%).

Des stéréotypes qui ont la vie dure

On entend souvent que les femmes seraient “naturellement” émotives et que les hommes seraient beaucoup plus rationnels. Le moins qu’on puisse dire sur ce préjugé est qu’il dénigre l’intelligence des femmes, leur capacité à penser et donc à faire de la recherche. 

Dès la scolarité, ce type de schémas mentaux a des incidences sur l’orientation des filles. Leurs résultats scolaires sont similaires à ceux des garçons dans les disciplines scientifiques. Pourtant elles sont beaucoup moins nombreuses à s’orienter vers un cursus de ce type. Pas étonnant quand on réalise combien elles sont découragées dans leurs ambitions !

Une fois dans l’emploi, ces stéréotypes se font aussi ressentir dans l’organisation du travail. Le confinement a mis en lumière que, comme dans de nombreux métiers, la carrière des chercheuses est menacée par l’inégale répartition des tâches domestiques et parentales.

Une moindre reconnaissance des chercheuses

Plus on grimpe dans la hiérarchie, plus les préjugés discriminants se font ressentir. Et dans le secteur de la recherche le plafond de verre ressemble plus à un ciel de plomb. Vous doutiez-vous que seulement 9% des organismes de recherche sont présidés par des femmes ? 

Le manque de reconnaissance des chercheuses s’illustre aussi par la minimisation de leur contribution et l’appropriation de leurs travaux par leurs homologues masculin. C’est ce que l’historienne Margaret Rossiter a appelé l’effet Matilda. (On le retrouve aussi dans les réunion de travail sour la forme de « bropriation ».)

Si je vous demande de citer le nom d’une chercheuse célèbre, vous ne trouverez sûrement pas l’exercice facile. Et pour cause : seules 52 femmes ont reçu un Prix Nobel contre 863 hommes. Vous pensez à Marie Curie ? Et bien à titre d’exemple sachez que le jury voulait remettre son Nobel de physique exclusivement à son époux, Pierre Curie. Mais ça personne n’y pense. Elle probablement que oui (phénomène qu’illustre très bien le film « The Wife » de Björn Runge, 2017).

Disons et montrons les chercheuses !

Honorer et encourager la recherche scientifique menée par des femmes, c’est commencer par représenter les chercheuses indépendamment des hommes. 

Une équipe de spécialistes en économie, en partenariat avec la Fondation l’Oreal, a récemment démontré que les rôles modèles féminins ont une influence positive sur l’orientation des filles vers les filières scientifiques du supérieur (en mathématique, physique et informatique notamment). C’est vrai dans les écoles mais aussi dans les médias. Pour exemple l’influence qu’a eu Dana Scully sur de nombreuses femmes ayant choisi de travaillé en STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) en partie grâce à ce personnage de X-Files.

Par les images, par les mots que l’on emploie, c’est toute notre culture que nous devons changer pour accroître la place des femmes dans la recherche ! Elles y ont toute leur place, et nous avons besoin de leur participation active à découvrir, comprendre le monde d’aujourd’hui et inventer le monde de demain.

Nous avons choisi d’agir directement là où nous avons le pouvoir : celui des mots qui participent à chaque instant sur les représentations. Nous utilisons le langage ouvert et parlons des « chercheuses et chercheurs » (pour visibiliser les femmes) ou des « chercheurs et chercheuses » (par ordre alphabétique). Voire encore des « équipes de recherche » qui évite de genrer au masculin. Parce que la recherche se fait en équipe (contrairement à ce que clament certains récipiendaires de prix scientifiques).

Et vous, comment faites-vous ?