Employeuse ou employeur ?

J’entends souvent parler les personnes de leur « employeur » et en RH de « marque employeur ». Ce masculin pensé comme une norme nous masque l’existence même d’une employeuse. Est-ce qu’on parle de l’entreprise ? d’une personne ?

entraineuse

Employeuse, dans la sphère privée

Des mots similaires peuvent avoir des significations différentes, plus ou moins valorisantes selon le contexte dans lequel ils sont utilisés. C’est l’un des impacts de la valeur différentielle des genres.
Employeur : homme qui emploie du personnel dans une entreprise ; par métonymie entreprise tout entière qui emploie du personnel ; synonymes : patron, boss, directeur.
Employeuse : femme qui emploie du personnel au sein du foyer. Synonymes : Madame, patronne, directrice, boss.
L’employeur a une fonction dans un cadre professionnel ; l’employeuse exerce toujours au sein du foyer. Et mêmes les femmes dirigeantes d’entreprise aujourd’hui se pensent et sont pensées comme « employeur » plutôt qu’employeuse.

Stigmates d’un monde patriarcal

Le terme employeur a longtemps été pensé comme signifiant l’homme à la tête de l’entreprise, le « patron », celui qui choisit les personnes à embaucher. Cette vision est celle de la structure pyramidale et patriarcale de l’entreprise conçue au 19ème à l’ère de l’industrialisation massive. Les « patrons » contrôlaient tout dans l’entreprise ; ils étaient propriétaires, détenteurs du pouvoir et autoritaires.
Parfois mus par une volonté de bien faire, quelques uns ont créé un environnement social favorable à la qualité de vie au travail de « leurs » employé·es : construction de villages d’habitations mises à disposition du personnel, écoles pour les enfants, dispensaire pour préserver leur bonne santé, centre de vacances, fêtes annuelles.
Tant qu’elle était employée, une personne bénéficiait de cet environnement ; quitter cet emploi, c’était tout perdre. Elle « devait » tout au « patron ». L’employeur régnait seul sur « son royaume ».

Considérées mineures et mises sous tutelle par le code Napoléon, les femmes n’avaient pas accès à l’autonomie financière et professionnelle. Donc pas de « patronnes » qui ont su faire leur place. Seules quelques veuves, libérées de la tutelle de leur père, époux ou frère, sont devenues employeuses officielles, comme par exemple la veuve Clicquot.
Dès la signature du contrat de mariage, le rôle d’épouse consistait d’une part à « produire » des enfants pour le foyer, et d’autre part à gérer la partie opérationnelle de la vie de la maison. Selon le niveau de vie sociale, elle était parfois amenée à embaucher le personnel de maison, puis diriger les opérations de cuisine, ménage, service, soin et éducation des enfants. Elle n’était pas qualifiée d’employeuse pour autant.

Nos mots bâtissent notre monde au 21ème siècle

Aujourd’hui l’idée semble communément partagée que ce sont les entreprises qui embauchent, pas les individus, propriétaires ou non. Les personnes en charge du recrutement et des ressources humaines agissent pour le compte de l’entreprise comme système autonome et promeuvent la marque employeur employeuse. Pourtant la figure du « patron employeur » continue d’exister dans notre vocabulaire quotidien, reflet de notre vision du monde. En 2019, un grand média spécialisé business nous montrait encore les « patrons qui font la différence » en oubliant les patronnes. Et dans les faits ces représentations genrées contribuent à maintenir à 10 % la part de femmes aux hauts niveaux de direction des entreprises.

En effaçant ces stigmates de notre langage, nous participons à repenser notre société et la montrer telle que nous décidons de la construire : ce sont les entreprises qui emploient des personnes, elles sont donc les vraies employeuses. L’employeur est dépassé, vive la marque employeuse.

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