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Le Matrimoine, l’héritage des femmes

Chaque 3ème fin de semaine de septembre, on fête le patrimoine. Celui qui constitue notre culture, nos références, nos rues, nos livres, nos spectacles et nos oeuvres. Ce que nous ont laissé les personnages culturels phares. Notre héritage.
Chaque année, on – nous, vous, la société tout entière – ignore la moitié de cet héritage. Celui laissé par les femmes, notre matrimoine. Difficile de faire autrement tellement il est oublié dans les collections d’art, dans les récits historiques, tellement le patrimoine est installé.

Notre matrimoine historique

Notre histoire est écrite au masculin. De « l’homme de Cro Magnon » à Vercingétorix, de Charlemagne à Bonaparte, de Eisenhower à Gandhi, de De Gaulle à Chirac, il semble que le monde a été créé par les hommes. Comme s’ils étaient seuls en charge de son évolution.

En investissant les champs de la recherche historique, les femmes ont éclairé les zones d’ombre dans lesquels étaient niché les biais de genre qui faussait cette vision de notre histoire. Les recherches archéologiques font apparaître une ignorance totale sur les comportements des femmes et des hommes pendant la chasse au mammouth, ce qui remet en cause le stéréotype des hommes chasseurs et des femmes cueilleuses. Il est apparu qu’un Seigneur Viking très célèbre était en fait une femme, et les historiens avait fini par « oublier » (?) ce détail. De grandes personnalités du Monde ont été des femmes dont l’histoire est passée à la trappe. Je doute que la majorité des hommes travaillant sur l’histoire aient consciemment décidé de supprimer une partie de l’histoire. C’est un système tout entier qui agit, et parfois le fait de quelques individus isolés. C’est une norme qui s’installe imperceptiblement et qui s’autovalide à l’usage. Il nous appartient à présent d’agir à contresens, volontairement, pour valoriser notre matrimoine historique.

entraineuse

Notre matrimoine culturel

J’ai grandi dans un univers essentiellement masculin. Des livres, des tableaux, des films, des émissions, des rues, des monuments, des musiques, des sports, des affaires… des hommes, quasi exclusivement des hommes, des hommes partout, des hommes pour tout. En tant que jeune femme, j’ignorais que cela influençait ma perception de ma propre valeur. Durant les 40 premières années de ma vie, en dehors de la sphère privée, j’ai eu comme modèles des hommes. A présent je sais à quel point le fait d’identifier des femmes, d’expériementer la présence des femmes dans ces sphères me permet de rééquilibrer mon monde, tant intérieur que celui dans lequel je veux vivre. Plus je vois agir des femmes autour de moi, plus je sens que je suis à ma place dans ce monde. Le manque est tel que je pourrais nourrir mon intellect uniquement d’oeuvres de femmes sur les femmes pendant les 30 prochaines années avant de le combler.

Depuis une dizaine d’années, les artistes (femmes, je suis obligées de le préciser pour éviter toute confusion) longtemps invisibles dans le « patrimoine » culturel, sont visibilisées par les équipes des musées (en majeure partie composées de femmes).

C’est ainsi qu’est née en 2009 l’exposition Elles@CentrePompidou, qui rassemblait des oeuvres de femmes pour la plupart jamais sorties des réserves du Musée National d’Art Moderne. J’ai été impressionnée – entre autres – par l’oeuvre de Sonia DELAUNAY se dégageant de l’ombre de son époux, Robert – bien plus connu par le grand public. J’ai découvert des artistes contemporaines exceptionnelles totalement inconnues du grand public. Depuis, je perçois de plus en plus l’impact de leur art (invisibilisé) dans la construction de notre société actuelle, comme celui de Paula MODERSOHN BECKER qui fut la première peintre à réaliser un autoportrait nu ou celui de Charlotte PERRIAND qui fut tout aussi visionnaire que Le Corbusier.

Depuis 2015, les journées du Matrimoine travaillent à rééquilibrer cette vision tronquée de notre culture simultanément aux journées du Patrimoine en présentant des oeuvres des artistes (femmes) auprès du grand public : autrices, architectes, historiennes, peintres, scientifiques…

Sauriez-vous nommer trois oeuvre d’art, événement, loi, monument, attribués à une ou plusieurs femme ?
Quel est votre matrimoine ? Quel est votre héritage matrimonial, celui qui vient de votre mère, celui que vous transmettrez en tant que mère ? Qu’est-ce qui relève de votre matrimoine ?

Aujourd’hui, l’association AWARE recense les artistes femmes du champ des arts plastiques, nées entre 1860 et 1972, sans limites de médiums ni de pays. Elle fait émerger les femmes dans notre matrimoine mondial.

Le féminin relégitimise

Parler du matrimoine, c’est dire que les femmes ont participé à la construction de notre société, qu’elles ont leur place, au passé, au présent et au futur. Qu’elles laissent aux générations suivantes le fruit de leur travail, de leurs choix, quels qu’ils soient.

Nommer le matrimoine, c’est choisir de valoriser cette part de notre histoire, de notre culture issue de la moitié de notre humanité. Une posture « politique » au sens de « faire cité », une posture ouverte sur un monde dans lequel chaque personne a sa place, incontestable.

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