Et si Octobre rose laissait de la place au cœur des femmes ?

Qui dit “octobre” dit la grande campagne de prévention contre le cancer du sein : Octobre rose. Une mise en lumière nécessaire pour sensibiliser la population aux risques du cancer du sein et pour lever des fonds pour la recherche et l’accompagnement des personnes concernées. Mais s’il y a lumière, il y a zones d’ombre : sur cette campagne spécifique et sur la santé des femmes en général.

Et si “Octobre rose” laissait de la place au cœur des femmes

Octobre rose concerne tout le monde

Octobre rose est – littéralement – rose. Du rose partout, qu’il soit clair ou foncé, rose bonbon, vif ou fuchsia… Mais ce rose, aujourd’hui communément associé à la féminité, est couplé à des représentations stéréotypées des malades. On représente habituellement les malades comme étant des femmes cisgenres, blanches et minces. Le tout mis ensemble fait que la plupart des campagnes de sensibilisation sont genrées et véhiculent des stéréotypes excluant une partie de la population. 

Compilation d'images d'Octobre rose pour souligner les stéréotypes véhiculés par la campagne

En France cette campagne s’appelle “Octobre rose”. Pourtant d’autres alternatives existent sans nécessairement lier la prévention sur le cancer du sein et une couleur en particulier. Ailleurs on peut ainsi parler de “Breast Cancer Awarness Month”, soit le “Mois de sensibilisation au cancer du sein”. Tout le monde ne se reconnaît pas dans le rose, en revanche tout le monde a des seins.

Le cancer du sein concerne ainsi toute la population à des degrés divers. Les femmes cisgenres sont certes les personnes ayant le plus de probabilités de développer la maladie, mais il faut garder à l’esprit que les femmes trans, les hommes trans et même les hommes cisgenres sont concernés ! Mettre du rose à tout-va et limiter la représentation des personnes touchées à un seul type de femmes exclut de fait le reste de la population.

Une campagne de prévention est plus efficace quand elle prend en compte la pluralité du public visé : il est donc important de dégenrer et diversifier la campagne Octobre rose pour que chaque individu soit sensible au message porté.

Les zones d’ombres de la santé des femmes

Organiser une campagne nationale de sensibilisation au cancer du sein est une nécessité. Donner la même visibilité à d’autres actions en faveur de la santé de toutes et tous est aussi nécessaire.

Contrairement à une idée répandue, la première cause de mortalité des femmes est à trouver en leur cœur. En effet, les maladies cardiaques tuent 8x plus le cancer du sein. L’importance de ce chiffre est en grande partie dû à une méconnaissance de l’impact des problèmes cardiaques chez les femmes. Le grand public comme une partie du personnel médical ignorent les signes d’une crise cardiaque chez une femme. Il y a donc moins de dépistages que chez les hommes et la prise en charge est plus longue et moins adaptée.

Mettre l’accent sur la campagne “Octobre rose” revient à se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt. Chaque 29 septembre est organisée la “Journée mondiale du cœur”. En France, de nombreux événements sont organisés à cette occasion pendant “La semaine du coeur”, initiative datant de 1973 ! Conférences, ateliers, dépistages de facteurs de risques, formations aux gestes qui sauvent… C’est aussi la possibilité d’informer le grand public de l’importance de la prise en charge des maladies cardio-vasculaires pour les femmes. Pourtant peu de gens connaissent ces événements. Cette campagne reste dans l’ombre d’Octobre rose et gagnerait beaucoup à avoir la même visibilité que celle-ci.

Ces maladies ne sont pas une fatalité. L’important c’est de prendre soin de soi et de s’écouter. Il faut devenir acteur et actrice de sa santé.
Claire Mounier-Véhier, cardiologue et professeuse

Pour être véritablement protagoniste vis-à-vis de sa santé, il faut connaître les risques et les moyens d’agir. C’est pourquoi les événements tels “Octobre rose” ou “La semaine du coeur” sont essentiels. Pour le grand public et pour la recherche médicale. Mais pour améliorer durablement la santé des femmes et de tout le monde, les campagnes de sensibilisation doivent dépasser les clichés et s’ouvrir à une plus grande diversité de représentations. Éduquer et informer sans clichés, ni sur la forme (les couleurs, les mots…), ni sur le fond (les maladies “féminines” et “masculines”), c’est possible. Et pour y arriver, pas de secret : il faut se former !

Morgane LE COQ

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