Oui, ma campagne est discriminante.

En ce mois des fiertés 🏳️‍🌈 de juin 2021, une campagne d’affichage en ville a attiré mon attention : la campagne d’affichage « oui, ma fille est lesbienne ». Ma première réaction a été positive : « oh, cool, une campagne qui aborde les phobies de genre ! C’est bien la première fois que je vois une campagne de l’Etat français qui s’attaque à l’homophobie ou la transphobie ! ». Mais immédiatement mon cerveau a tiqué, sans vraiment comprendre sur quoi.

« Pourquoi ça me gêne ? 🤔 ». J’ai pratiqué l’exercice de renversement du miroir : j’ai imaginé une affiche qui dirait « Oui, ma mère est hétéro » ou « Oui mon père est cisgenre ».  Et j’imaginais aisément qu’elle se terminerait par un « désolée » à peine murmuré. Oui, ma campagne est discriminante.

Visibilité lesbienne au travail : agir par le langage

Vraiment une campagne de tolérance ?

Nous étions en plein séminaire d’équipe [toute l’équipe au complet pendant une semaine, au même endroit dans nos tout nouveaux bureaux à Lyon, pour nous qui sommes habituées à la mobilité, c’est un moment exceptionnel 😉]. J’ai posé naïvement la question avant notre première séance de travail du jour : « que pensez-vous de la campagne… ». Notre échange fut nourri et nos sources variées.

Je tente ici de résumer notre analyse collective de cette démarche qui a fait beaucoup parler d’elle depuis.

Ses points positifs :

  • c’est une démarche qui va dans le sens de la sensibilisation à l’homophobie + transphobie
  • c’est un message qui génère une émotion, le ressort essentiel en marketing pour avoir un impact
  • c’est une première de la part de l’Etat

Ses points de faiblesse

  • la personne visible est celle qui s’exprime pour dire « oui… » = ce sont des personnes hétéronormées qui s’expriment directement à d’autres personnes hétéronormées potentiellement homophobes ou transphobes
  • la personne homosexuelle ou transgenre est présentée de dos, son visage est invisible : les personnes concernées par les discriminations dénoncées sont invisibilisées
  • le message émane de l’institution Santé Publique France : ce qui laisse entendre que ce sujet est lié à la santé, et comme toutes les personnes mentionnées sont supposées être en bonne santé physique, on parlerait ici de la santé mentale des personnes discriminées. Pour mémo, l’homosexualité est supprimée de la liste des maladies mentales seulement depuis 1992 en France, et la transexualité depuis 2010. Dommage que la nature de l’institution qui parle réveille ce lien entre santé et hétérosexisme/transphobie.
  • le message « d’amour » sous-entend que les personnes hétéronormées sont invitées à être tolérantes envers les « autres » (celles qui restent supposées hors normes, anormales…). Cela ressemble à un appel à la morale judéo-chrétienne, à la tolérance qui suppose une transgression à la règle tant qu’on reste dans la limite de l’acceptable. Une posture d’inclusion, pour « inclure » ou « intégrer » des personnes qui sont considérées en dehors du cercle de base. Mais justement, il y a une grande différence entre avoir de l’affect pour une personne et respecter ses droits fondamentaux

    Respecter les droits des personnes

    Les personnes LGBTQIA+ ont vivement réagi à cette campagne, qui les a choquées. Je les comprends oh combien. Je les soutiens.
    En réalité ce qui me gêne profondément, c’est que la question du genre ou de l’orientation sexuelle d’une personne ne me concerne pas. C’est outrepasser mes droits que de croire que je peux exprimer mon avis sur la vie des autres, comme ça, gratos. Pourquoi pas la couleur des cheveux, la longueur de la jupe, la sexitude dans la rue ou au boulot tant que j’y suis ?

    En réalité, je veux rappeler que nous avons le contrôle notre propre vie, et uniquement notre propre vie. Le reste « ne nous regarde pas ».

    Construire un message sur les droits

    Pour construire un message qui s’attaquerait aux discriminations, il s’agirait plutôt de rappeler à tout le monde que toutes les personnes ont les mêmes droits, quel que soit leur genre, quelle que soit leur orientation sexuelle, quelle que soit quoi que ce soit.
    Que c’est une question juridique, pas morale.

    • 📝 Un message en langage ouvert (oral, écrit et visuel) à l’ensemble de la population, qui dénonce toutes les discriminations.
    • 🔊 émanant du ministère de la justice française nous parlerait clairement de droits humains
    • 🌟 affirmant clairement « oui, les droits sont les mêmes pour tout le monde », et dénonce toutes les discriminations à l’encontre des personnes identifiées comme femmes, homosexuelles, transgenres, hommes, handicapées physiques, racisées, âgées, grosses (liste non exhaustive et sans ordre de priorité de ma part) > en cas de doute, demander aux personnes concernées ce qu’elles pensent de mon message
    • 👀 un visuel qui montre la personne concernée par les discriminations, avec un visage auquel s’identifier
    • 🎯 un message qui s’adresse à toutes les personnes sexistes, homophobes ou transphobes, grossophobes, âgistes, classistes, validistes…
    • 🎨 décliné par discrimination spécifique pour faire parler directement les personnes concernées en les visibilisant clairement.

    Pour faire simple, un message clair et productif appelle une chatte « une chatte 😸 » pour éviter de dire indirectement le contraire de ce qu’il affirme.

    Alors si vous souhaitez construire un message impactant en langage ouvert, contactez-nous !

    Vinciane MOURONVALLE CHAREILLE

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