Pourquoi le 8 mars [in]visibilise les femmes

Chaque année je découvre les progammes du 8 mars avec joie et consternation.

La journée internationale des droits des femmes

Hier s’est déroulée la journée internationale des droits des femmes.
Partout dans le monde, des événements ont eu lieu pour rappeler l’impérieuse nécessité de reconnaître / respecter les droits des femmes.
Chaque année la période autour du 8 mars est l’occasion de valoriser des femmes trop peu connues du public : les personnages historiques, les artistes, les scientifiques, les expertes…
Oui, beaucoup d’événements existent, tellement que j’ai limité drastiquement mon agenda à cette période pour éviter le burn-out par peur de manquer quelque chose d’important (cf FOMO Fear of Missing Out).

Le 8 mars visibilise les femmes

Joie parce que c’est un vrai plaisir de voir valorisées les femmes. C’est nécessaire, indispensable à l’évolution en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Et j’en profite.

Cette année j’ai découvert la pianiste de jazz Rita MARCOTULLI qui a joué avec des stars et dont j’ignorais même l’existence. Elle est venue avec d’autres musiciennes inconnues et très talentueuses, dont la contrebassiste Lisa WULFF, au côté du célèbre saxophoniste Andy Sheppard (que je connaissais, lui).

En tant qu’amatrice de jazz depuis mes 20 ans, j’ai toujours été frustrée de voir uniquement des hommes jouer cette musique ouverte et libre. Dans ce milieu comme dans les autres, la cooptation et l’entre-soi participent à l’exclusion imperceptible des femmes (sauf quand elles sont chanteuses…).

Alors quand j’ai vu ce concert programmé par le Musée des Confluences de Lyon, j’ai immédiatement pris mes billets. Et aujourd’hui encore je rayonne de la joie que m’as procuré ce spectacle. D’avoir vu des femmes jouer, improviser, exprimer leur point de vue sur le monde par la musique me permet d’ajouter des images dans ma base de données avec le tag « elles le font aussi » (comme j’ai pu le faire pendant la coupe du monde de foot 2019).

8 mars Marcotulli

La joie d’être là

Dans l’univers du jazz, il y a des clichés comme ailleurs. Lorsque je consulte les programmes des salles que j’affectionne, j’ai le sentiment de voir toujours la même photo pour tous les groupes : uniquement des musiciens, en solo ou en groupe. Ils se présentent souvent en tenue de ville décontractée (pull ou t-shirt) et avec le regard sombre, inspiré, celui qui dit, « c’est un truc sérieux et je gère grave ». Les femmes sont forcément chanteuses venues pousser quelques chansons, du jazz « facile ». J’avoue que depuis longtemps j’aspire à un peu de variété, de diversité culturelle dans ce monde qui revendique une ouverture au monde. Je rêve d’une vraie bouffée d’air.

Quand je vois ces deux femmes sur scène, avec leur tenue vestimentaire décontractée et pourtant différente de celle des hommes, quand je vois les sourires de joie profondément musicale qu’elles échangent avec le reste du groupe, je respire.

Enfin.

Pourtant je rage.

mais il [in]visibilise aussi

Oui je suis en colère et cette colère est vertueuse (lire le pouvoir de la colère des femmes).
J’ai beau savoir que les personnes qui construisent les programmes autour du 8 mars ont de bonnes intentions, une multitude de question me vient toujours à l’esprit.

Pourquoi « attendre » ce rendez-vous annuel pour programmer des femmes ?
Pourquoi ces femmes restent-elles exclues des programmes le reste de l’année ?
Pourquoi cantonner la visibilisation des femmes à cette période de lutte pour leurs droits ?
Puisqu’elles sont « programmables » à cette date, pourquoi pas à d’autres aussi ?
Pourquoi concentrer cette intention qui pourrait être diluée, diffusée tout au long de l’année ?
Pourquoi ?

Ce phénomène de concentration empèche la visibilité des événements, donc des femmes qui sont censées être mises en avant. Les équipes de programmation anticipent qu’à cette période il leur faut une femme à l’affiche, mais que le reste de l’année c’est pas grave si il n’y en a pas.
Cela ne fait pas bouger les lignes en profondeur. C’est un effet de surface, sans conséquence structurelle.

Si je découvre une Rita Marcotulli par an, à quelle date ma vision du monde du jazz sera-t’elle équilibrée entre femmes et hommes ?
Allez, je dirai, comme ça, à vue de nez… 2093.

Sortons les femmes du 8 mars

Pour que notre société évolue en faveur de cette égalité de faits, nous devons recadrer l’objectif du 8 mars comme celui de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, et faire transpirer nos envies de visibilisation des femmes tout au long de l’année, partout – tout le temps.

Faire sortir les femmes de l’ombre est une action quotidienne bien au-delà du 8 mars. Si on peut programmer une femme le 8 mars, je suis sûre qu’elle sera ravie d’être programmée tout au long de l’année. Ça vaut dans le jazz comme dans tous les secteurs de notre société.

J’invite les équipes à s’engager à valoriser une femme 1 fois sur 3, puis 1 fois sur 2 dans leur programmation. C’est une action plus diluée sur le plan marketing puisque pas d’estampille « 8 mars », mais tellement plus efficace pour offrir une représentation responsable, équitable, juste de notre humanité.

Vinciane MOURONVALLE CHAREILLE, fondatrice de l’agence uniQ en son genre

Pour vous relever ce défi et intégrer le genre dans votre stratégie de programmation événementiellecontactez-nous !

Notre formation au langage ouvert sera bientôt accessible en ligne. Si vous souhaitez en savoir plus c’est ici, et si vous souhaitez recevoir les informations au lancement, c’est juste en dessous.