Encore une année de passée pour le cinéma français qui s’est réuni à l’occasion de la 46e cérémonie des César. Les cérémonies et les années passent pour le monde du septième art, mais au moins une chose reste : aucune réalisatrice à l’horizon des palmarès. Mais où sont les réalisatrices ? Et les réalisataires ?

réalisatrice réalisataire

Les femmes et le cinéma : une longue histoire

On attribue généralement l’invention du cinéma aux frères LUMIERE en 1895. Bien sûr ils se sont appuyés sur le travail de plusieurs hommes avant eux pour créer les technologies qui ont permis l’existence même du cinéma. Mais sans les femmes, le cinéma que l’on connaît aujourd’hui n’aurait pas pu exister non plus. Et c’est comme ça que de nombreux pionniers du cinéma sont en réalité de nombreuses pionnières.

Citons Alice GUY, première réalisatrice de films au monde ! Car si les hommes qui l’ont précédée filmaient la vie quotidienne, Alice Guy est la première personne à avoir l’idée d’écrire des scénarios pour ses films et de les faire jouer par des comédiennes et comédiens. Cette réalisatrice française engagée (je vous recommande vivement son film Les résultats du féminisme de  1906) a également créé la plus grande société de production américaine des années 1910, la Solax.

Réalisatrice et pionnière du cinéma

Alice GUY est loin d’être une exception dans l’histoire du cinéma. Lois Weber est une autre scénariste et réalisatrice réputée. Son œuvre souligne son engagement militant, avec des films sur l’équité salariale, les vies de femmes, la peine de mort. Mabel NORMAND est à la fois actrice et réalisatrice et a notamment codirigé des films auprès de Charlie Chaplin. Sans oublier Cleo MADISON, Dorothy ARZNER, Mary Ellen BUTE…La France connaît aussi ses pionnières comme Germaine DULAC ou Marie-Louise IRIBE. Jusque dans les années 1930 le cinéma est un secteur sous-côté. Si le public appréciait les projections, peu de monde s’y intéressait vraiment.

Le changement aux Etats-Unis commence avec le krach boursier de 1929. De nombreux hommes de la finance perdent leurs emplois, décident d’investir la côte ouest où l’industrie du cinéma s’annonce florissante. Petit à petit les femmes, réalisatrices, scénaristes, productrices, monteuses, sont « remerciées » après avoir formé leurs successeurs. L’histoire étant « écrite par les vainqueurs », celle du cinéma a perdu les noms de ces femmes qui sont d’illustres inconnues pour la plupart des gens.

Etre réalisatrice dans l’industrie du cinéma

Aujourd’hui les choses ont évolué et les femmes peuvent tout faire, notamment des films… On les retrouve dans les écoles de cinéma où les effectifs deviennent paritaires. Mais les changements peuvent être longs, très longs, malgré cette donnée encourageante. 

Les femmes représentent en France un peu moins de 25% des personnes réalisant des longs métrages. Ce qui est pas mal, sachant que la moyenne européenne tourne autour de 20% et qu’aux Etats-Unis ce chiffre tombe à moins de 10%.

Pourtant avoir le statut de réalisatrice ne fait pas tout. Dans quelles conditions ces femmes travaillent-elles ? Quels types de films sont réalisés par des femmes ? Combien de films une réalisatrice peut-elle tourner ? Pour quel budget ? Comment sont-ils financés ? Pour quelle audience ?

Les femmes sont mieux représentées dans le genre documentaire où elles réalisent ¼ des films, mais sont seulement présentes à hauteur de 15% dans la fiction, 11% dans l’animation. Elles ont la possibilité de réaliser moins de films que leurs homologues masculins. Les budgets de leurs films sont en moyenne de 3,47 millions d’euros contre 5,51 millions d’euros pour les réalisateurs (en 2017 d’après le CNC). Et elles ne sont plus que 3% à réaliser des films à gros budgets (plus de 15 millions d’euros).

Réalisatrice en vue et à voir

Évidemment tous ces éléments combinés les uns aux autres, se nourrissent des stéréotypes de genre et les renforcent. Si l’on compte peu de réalisatrices, l’absence de chiffre concernant les réalisataires non-binaires révèle un angle encore plus mort du secteur du cinéma.

Les chiffres parlent. En 2021, seules trois récompenses ont été attribuées à une femme :

  • Tonie Marshall a été récompensée d’un César de la meilleure réalisation en 2000 (appelé « César du meilleur réalisateur » jusqu’en 2016) ;
  • Jane Campion a reçu la palme d’or à Canne en 1993 (ex-aequo avec un homme) ;
  • Kathryn Bigelow a été nommée « Best director » pour les Oscars en 2010.

Les chiffres révélant la place des personnes non blanches sont encore plus consternants. Alors célébrer la diversité dans le cinéma semble un peu incongru…

Visibiliser les réalisatrices et réalisataires dans le cinéma, regarder leurs films, en parler, les partager, les faire connaître : c’est augmenter la place des femmes et des personnes non-binaires dans la bibliothèque mentale du grand public. Dans notre matrimoine.

Selon vous, d’après votre bibliothèque personnelle, quelles réalisatrices ou réalisataires mériteraient plus de reconnaissance du public et des pairs ?

Morgane LE COQ

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