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Une femme qui écrit est autrice

L’auteur est une femme.

Lorsqu’une femme qui écrit parle de son travail d’écriture, je l’entends souvent utiliser le terme « auteur », ou « femme auteur » ou encore « auteu-reu » pour se nommer. Parfois je suis heureuse de l’entendre  se dire « autrice ».

Lorsque j’entends parler d’un livre, un roman, un essai, je lis souvent que « l’auteur » a souhaité nous dire ceci ou cela, même lorsque l’auteur est une femme. Et les chroniques littéraires, écrites ou dites, emploient bien souvent ce mot inadéquat. Rarement autrice. Un paradoxe dans un environnement qui accorde tant d’importance aux mots.

Autrice

Si je suis une femme qui écrit, c’est pourtant simple : je suis autrice. Comme on dit « directrice », « factrice », « compositrice ». Ces mots en « trice » ont l’avantage de rendre sonore ce que le « E » muet ne dit pas : le féminin.

« Autrice, auteur » vient du verbe latin qui signifie « agir ». Ce terme était couramment utilisé en France jusqu’au 16ème siècle. D’ailleurs il l’est encore en italien qui dit « autrice » (avec l’accent).

visibiliser le mot autrice

Un féminin qui dérange

Considérant l’exercice d’écriture inaccessible pour une femme, les 40 hommes de lettre fondateurs de l’Académie Française avaient jugé bon de supprimer le mot autrice du dictionnaire, comme bien d’autres mots féminins désignant des métiers dits nobles.

Supprimer l’usage de ce terme qui décrit une activité considérée comme « noble » et politique au 17ème siècle, c’est rendre impossible l’accession des femmes au pouvoir. Il suffit de regarder comment les femmes de lettres entre le 16ème et le 18ème (oui le siècle des Lumières) ont été considérées pour se rendre compte que la démarche va plus loin que le langage. Olympe de Gouges refuse le mariage pour rester libre d’écrire (et finira guillotinée), Colette écrit sous le nom de son époux pour être publiée, Georges Sand choisit un nom masculin pour passer pour un homme… ces autrices contournent les obstacles qui se dressent devant leur liberté d’écrire, d’être nommées comme telles et d’être lues.

Le féminin relégitimise

Dans les années 80, les féministes québécoises, très attachées à la langue française s’engagent dans la revalorisation du féminin dans le français avec un temps d’avance sur les françaises. Elles créent alors la vague du « -reu », la féminisation des mots masculins par l’ajout d’une terminaison en E muet. C’est génial, c’est innovant et c’est agissant. Merci à elles pour cette action. Pourtant ce E reste inlassablement muet. C’est sa seule mission qu’il remplit à merveille : ne rien dire. Ce féminin reste insatisfaisant.

En 2013 Aurore EVAIN fait resurgir de l’histoire le terme « autrice » dans notre vocabulaire. Depuis il reprend progressivement ses lettres de noblesse. Il rend indéniable un féminin lisible et audible pour nommer une femme qui écrit.

Les mots rendent visible

Pour s’identifier facilement à leur part légitime d’autrice, d’écrivaine de femmes de lettres, les femmes ont besoin de trouver des rôles modèles immédiatement reconnaissables. Elles ont aussi le droit d’être nommées dans leur genre et rendues visibles dans les programmes de littérature. Il est nécessaire de les amener progressivement vers la lumière d’une part pour leur rendre leur gloire, d’autre part pour permettre à d’autres femmes de tout âge de se projeter en tant que femme qui écrit. Si nous voulons rendre leur confiance professionnelle aux femmes, rendons leur aussi leurs mots et leur visibilité. Nous nous habituerons à ces mots féminins, parce que c’est l’usage qui fait le langage.

Si vous souhaitez vous former au langage ouvert qui réintègre le féminin à sa juste place, contactez-nous !